A quand une baptisation digne du grand artisan Sari Mohamed

Par Khaled Boumediene.

25 ans après sa mort, le 11 février 1994 à l’âge de 90 ans, Sari Mohamed (Fils de Cheikh Abdessalam) reste toujours dans les esprits, il a marqué le monde de l’artisanat. Il était le premier couturier tlemcénien à pratiquer la broderie sur velours des caftans, inspirant des stylistes du monde arabe (Maroc, Tunisie) et occidental, dont Yves Saint Laurent, Kenzo, JP Gautier et Christian Lacroix.

Le défunt est enterré au cimetière Cheikh Senoussi à Tlemcen près de son père et son frère Hamida, où de nombreux membres de sa famille, proches, amis et artisans se sont recueillis hier sur sa mémoire. « Il y a 25 ans notre père nous a quittés pour un monde meilleur. Les fleurs se fanent, meurent et disparaissent mais leur précieux parfum demeure toujours. Notre père était un maître et un grand formateur dans la confection du Caftan sur du velours. Il est né le 20 janvier 1904 à Tlemcen au lieu-dit Ars Eddidou). Il a été de très courte durée à l’école primaire, mais il l’a vite quitté pour apprendre le Coran. Avec ses propres ressources issues de la profession artisanale il a pu prendre en charge les études de ses enfants qui sont devenus des cadres de l’Etat jusqu’à leur retraite.

A Tlemcen, il avait un magasin situé à la rue Almançor avec un faux plafond qui servait de grenier pour le dépôt de la marchandise près de Derb Sidi Hamed, qui situé du côté de la rue du Cinéma « Le Colisée ». Durant la révolution, son magasin servait de refuge aux combattants qui menaient des actions d’attentats au cœur du centre-ville puis se cachaient dans sa boutique au milieu des rouleaux de velours. C’était aussi l’endroit choisi pour célébrer les mariages de ces combattants avec des combattantes dont le secrétariat et la rédaction des actes étaient assurés par mon frère Tahar, qui assurait les liaisons avec les Moudjahidine. Tahar a toujours refusé de se faire délivrer une fiche communale de reconnaissance de membre de l’OCFLN. Sa résidence était un Merquez où venait se réfugier les Fidaïnes notamment ceux qui étaient recherchés avant leur départ au maquis, à l’exemple de Merad Rachid, responsable de la création des premières cellules FLN en 1955 à Tlemcen et son cousin Fethi qui ont commis l’attentat de la commune mixte de Sebdou, située en bas de la résidence de la wilaya, ainsi que celle de la fausse patrouille de la place Bachir El Ibrahimi », nous dira tout ému Sari Tahar, fils du regretté Sari Mohamed. Avant son mariage, il a séjourné 2 années à Alger pour apprendre la fabrication du Caracou sur velours auprès des artisans professionnels. A son retour d’Alger, il était pratiquement le seul arabe indigène Tlemcénien à confectionner le Kaftan. La confection de cet habit traditionnel a été toujours le monopole des juifs. C’est à partir de ce moment, que les grandes familles tlemcéniennes commençaient à passer leurs commandes chez lui. Il faisait travailler sous sa direction des artisans juifs expérimentés.

« Après l’Indépendance, notre père a fait don de la moitié des bijoux avec l’accord de notre  mère, au fonds de solidarité, initié à l’époque par le défunt premier président de la république algérienne. Il a participé à la première foire nationale de l’Algérie indépendante en 1964 à Ben Aknoun. Son stand a été le premier à être visité par le président Ahmed Benbella. En 1970 et à la demande expresse de son excellence le président de la république Houari Boumediene et du wali Dahou Ould Kablia, il a confectionné deux caftans complets destinés aux filles du souverain Hassan II, roi du Maroc, lors de sa visite officielle dans la région pour la signature du traité de la délimitation des frontières algéro-marocaines », ajoutera-t-il.

En conséquence, Tahar estimera qu’il est temps de lui rendre hommage ne serait-ce qu’en baptisant la maison de l’artisanat d’Imama du nom de ce grand maître dont l’œuvre est reconnue par l’humanité entière.

 

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