Dans les archives de la justice : Magnanime Djouadi

La chronique judiciaire 

Magnanime Djouadi

Par Abdellatif TOUALBIA – Jeudi 17 Mars 2005

Un ingénieur s’en prend au papillon d’un policier. Il est inculpé. Djouadi, le juge, le savonne, l’avertit et… l’avocat avait fait l’essentiel…

Le jeune détenu s´avance vers la barre. Il a la tête baissée depuis sa sortie du box à partir duquel il a croisé le regard de son paternel convaincu de l´innocence de son fiston qui criera son innocence jusqu´à ce que Me Fodil, son conseil, plaide. «Que faites-vous ici», articule Djouadi, le juge. – Je n´en sais rien, crie l´inculpé. – Si, rétorque le président. Vous êtes ici car vous êtes inculpé d´une infraction : stationnement interdit, de deux délits : outrage à policier dans l´exercice de ses fonctions, destruction de documents officiels, et délit de fuite, récite le magistrat qui relève le silence révélateur du détenu.

Le policier – victime – témoin, prend la parole et tente franchement d´enfoncer Samir L.. «Il était en infraction. Je l´ai verbalisé. Cinq minutes après, il m´a arraché le papillon, du PV de constat, il l´a déchiré, pris le volant et a pris la fuite», a raconté le témoin avec un acharnement qu´aura remarqué l´assistance. Il faut dire que ce comportement est sans doute né du fait que l´inculpé nie des faits prouvés, constatés. Il faut de suite aussi rapporter les circonstances de l´interpellation du prévenu.

Et c´est le tonton paternel de Samir qui va les rappeler sans faille. «Il y a près d´une semaine, j´ai été prié de garer à droite par les agents de la DGSN, qui m´ont informé que ce véhicule était signalé comme ayant à son bord un fuyard. On m´a enlevé les papiers puis examiné la voiture. Peu après, un policier m´a dit que la couleur n´était pas celle de l´auto recherchée et même le n°, il s´agissait de 184, pas de 148».

Djouadi remercie le vieux et lâcha à la face de Samir: «Alors, inculpé, que pensez-vous des déclarations du policier qui est venu vous confondre?» «Ce n´était pas moi. C´est une erreur. Il a dû confondre… et je vous…» Taisez-vous. Cessez de taire la vérité. Et puis, ajoute le juge, pourquoi tout ce scandale alors qu´il vous suffisait d´introduire un recours, c´est tout ? Le prévenu est étranglé par tant de mots lâchés sans interruption par ce juge gaucher mais pas gauche du tout. Me Fodil lance un ballon sonde dans l´azur de «Saïd Hamdine», le siège du tribunal de Bir Mourad Raïs s´y trouvant: «Où est donc la pièce à conviction, i-e le fameux papillon déchiré?» Du tac au tac, Djouadi balance en direction du jeune agent qui fait office de huissier de salle d´audience: «Agent de l´ordre, montez au parquet chercher donc la pièce à conviction».

Et comme toujours, respectueux des procédures, le magistrat suspend l´audience, le temps qu´on lui ramène le papier en morceaux ou plutôt les morceaux du papillon déchiré. Effectivement, et grâce à l´amabilité de Me Leïla Fedane-Moussouni qui a recollé les morceaux, la pièce à conviction est là, enfonçant le détenu qui ne dut son salut qu´au talent de son avocat qui a d´abord rendu un vibrant hommage au président qualifié par Me Fodil d´as du pénal et de magistrat intègre. «Ce dossier est fabriqué de toutes pièces. Mon client est un cadre, un ingénieur exerçant chez les «Yankees» qui ne permettent à aucun employé ou cadre de traîner dans la rue à dix heures du matin, heure des pseudos délits», s´est écrié le défenseur, lequel a semé et le doute et la compassion chez le juge qui infligera une peine d´un an de prison assortie du sursis et une amende ferme.

«Le tribunal vous considère coupable mais prend en considération votre jeune âge, votre avenir. Ne recommencez plus jamais ce que vous aviez fait», a conclu Djouadi. Le policier lui, a quitté la salle d´audience déçu que le juge n´ait pas suivi les deux ans fermes de prison réclamés par Akila Bouacha, la procureur de la République

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