Le béton menace les terres fertiles de la plaine de M’kacem

«Injuste», voire «criminel», c’est par ces mots que les agriculteurs et citoyens de la commune de Hennaya définissent le choix de terrain du projet de construction de logements AADL sur des sols cultivables, situés le long de la RN 22 dans la périphérie nord de Hennaya.

Plusieurs immeubles doivent y être, rapidement, lotis sur une superficie de plus de 5 ha, afin d’ériger 300 logements dans le cadre du programme de location-vente. Mais voilà, selon les riverains, la zone choisie par les services techniques est à vocation agricole et fait partie des immenses hectares de terres fertiles et champs de la plaine de M’kassem.

Pour l’heure, l’Agence nationale de l’amélioration et du développement du logement (AADL) a clôturé l’assiette servant à accueillir les futurs bâtiments et installé un écriteau d’affichage, à l’entrée du chantier pour indiquer la désignation du projet. L’AADL a également décapé la terre végétale des plate-formes des nouveaux logements avec des engins de terrassement.

Alertés par ce gigantesque chantier sur ce terrain agricole, un collectif d’habitants et agriculteurs de Hennaya nous ont contactés pour manifester leur désapprobation du projet de réalisation de ces logements et le bétonnage systématique de la plaine de M’kacem.

«Pourquoi veulent-ils bétonner ces terres fertiles de la plaine de M’kacem qui nourrissent tous les habitants de Hennaya et d’autres régions pour en faire une cité de logements, n’y a-t-il pas d’autres lieux pour implanter ce projet d’habitat, loin de cet endroit ? Nous sommes contre la bétonisation et la transformation de ces riches terres qui ont un rendement, toute l’année, de blé, orge, laitue, tomate, pastèque, pomme de terre et oignons, en cités de logements et constructions.

Nous, nous ne sommes pas contre le projet de ces logements mais contre le mauvais choix du terrain, il faut choisir des terrains rocheux et incultes et non des terres fertiles à fort rendement agricole. Un projet d’une telle envergure n’est pas anodin. D’abord, il va entraîner un empiétement sur les superficies agricoles de la plaine et un impact sur le rendement des cultures du périmètre.

Et puis cette future cité aura besoin de terrains pour abriter des équipements sociaux-éducatifs, commerciaux et sportifs et ces terres agricoles qui seront encore une fois réduites ! Il faudrait en finir avec ces situations néfastes pour l’agriculture, l’environnement et la population», râlent-ils. Nos interlocuteurs d’ajouter: «l’instruction du président de la République pour la protection des terres agricoles n’est pas respectée, nous voulons l’annulation de ce projet immobilier, afin de sauver les terres agricoles de cette plaine. Pour cela, nous lançons un appel pressant aux responsables concernés pour délocaliser ce projet !».

Par ailleurs, les agriculteurs nous ont exprimé leur inquiétude face à la disparition du grenier de Hennaya qui renferme de vastes champs d’agrumes (oranges, clémentines et citrons), pommes, pèches et abricots qui entourent le site choisi pour la réalisation de ces logements.

«Nous sommes vraiment inquiets pour l’avenir de nos champs qui risquent de perdre encore du terrain. Si ça continue comme ça, dans vingt ou trente années, on fera l’amer constat que les espaces agricoles de cette plaine ont été envahis de béton. On ne veut pas qu’on arrive à cette situation de remords. La terre c’est comme l’air et l’eau, ça ne se multiplie pas, ce qu’on perd on ne le retrouvera pas », insistent des propriétaires d’orangeraies de Hennaya.

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).

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