C’est déjà le rush sur les épices !

A Maghnia, la spécificité locale revient sans conteste aux épices. Celle-ci s’est forgé depuis longtemps une réputation. Les mères ou grands-mères, comme c’est le cas pour le café, préparaient elles-mêmes les épices à partir de leur état brut.

Ceci se faisait non sans gêne et nuisance sonore que cause le plus vieil outil pilon-mortier (mahrez) pour les voisins. Lavées, séchées, mixées avec des proportions que seules les grands-mères avaient le secret, puis broyées et moulues à la force des bras, les épices préparées ainsi dans la pure tradition et avec beaucoup de soin dégageaient des senteurs et donnaient d’excellentes saveurs aux plats.

Avec le temps et avec la demande qui se faisait de plus en plus importante, les bases de ce savoir-faire traditionnel ont été appliquées pour la préparation semi industrielle des épices, ce qui est à l’origine de la qualité particulière des « épices de Maghnia », un label qui a gagné la notoriété au niveau national sans publicité aucune. Parmi les divers produits locaux (pain traditionnel, escargots, olives, figues, poteries) qui attirent les touristes, les épices sont par excellence le produit le plus prisé, notamment à la veille du mois de Ramadhan.

Cette année, la fièvre des épices s’est emparée précocement des ménages lesquels, un mois avant le mois sacré, affluent de tous les horizons pour s’en approvisionner. L’affluence connaît son pic les week-ends où en plus des centaines de véhicules qui déversent les familles, des dizaines de bus qui transportent femmes et hommes dans le cadre d’excursions, envahissent tôt le matin l’espace urbain déjà saturé par l’intense parc automobile local.

Les nombreuses boutiques qui se sont spécialisées dans la vente des épices et dont les propriétaires se sont habitués au rush de la veille de Ramadhan s’y sont préparées au préalable en renforçant l’effectif, en s’approvisionnant en quantités suffisantes pour éviter la rupture et en transformant pour la circonstance leurs étals en un tableau artistique à base de cônes en épices, où se marient couleurs et senteurs. Avec la crise économique et le renforcement de la surveillance de la frontière et avec l’afflux qui augmente d’année en année, plusieurs commerçants se sont reconvertis en marchands d’épices.

«Il faut savoir que seule une certaine catégorie de marchands préparent les épices qu’ils vendent. Le reste propose des épices importées préparées à l’origine et dont la qualité est bien en deçà de celles que nous préparons localement», confie l’un des marchands du marché couvert qui se dit inquiet avec l’arrivée des nouveaux marchands qui choisissent la facilité et proposent aux touristes des produits de qualité médiocre, ce qui, estime-t-il, est à moyen terme une menace pour la profession si une prise de conscience ne vient pas redresser la situation.

Pour les prix, cet autre marchand de la rue Tindouf estime que cette année, en général, ils se maintiennent par rapport à l’année précédente, voire ont connu une relative baisse pour certains produits tels le kilo de poivre noir à 1.600 dinars contre 1.700 dinars à 1.800 dinars l’année passée. A titre indicatif, les épices courantes telles « ras el hanout », carvi, cumin, gingembre, curcuma… les prix se maintiennent pour les trois premiers à 700 dinars et à 1.000 DA pour les deux autres. Le prix du poivre blanc n’a quant à lui pas franchi la barre des 4.000 dinars alors que celui du safran demeure toujours exorbitant avec 500 dinars les 0,75 g !

Les fruits secs sont les autres produits qui suscitent l’engouement en cette période, en particulier le raisin sec, l’abricot et l’ananas dont les prix tournent respectivement autour de 1.200 dinars, 1.000 dinars et 2.400 dinars.

Devant les étals achalandés, les clients se font séduire par de nouvelles mixtures pour assaisonnements de plats spécifiques qui les fait déborder sur la somme prévue telles ce «spécial hrira», «spécial berkoukès», «spécial barbecue», «spécial salade» voire «spécial café». Si commercialement tout est paré et préparé pour le grand rush prévu pour la quinzaine qui précède Ramadhan, aucun effort n’est consenti par les services concernés pour l’accueil comme l’aménagement d’espaces pour stationnement, d’espaces de repos, les toilettes publiques, beaucoup reste donc à faire pour ce tourisme commercial que les épices engendrent mais que les responsables locaux semblent ignorer ses retombées économiques sur la population locale.

Cheikh Guetbi (Le Quotidien d’Oran).

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