Le constat amer du Pr Bouayed

Le professeur Mohamed Nadjib Bouayed, ce membre de société savante internationale, qui a tant fait pour développer la chirurgie vasculaire en Algérie et qui a été un porte-drapeau de renom dans de nombreuses rencontres scientifiques à travers le monde, a préféré jeter l’éponge du secteur public pour aller terminer sa carrière dans le privé. Un départ plein d’amertume et avec un goût d’inachevé.

«Je n’ai pas toujours été irréprochable, mais j’ai l’amertume de constater l’absence de normes et de standards régissant les structures sanitaires publiques. J’ai aussi l’amertume de ne pas avoir contribué à revaloriser la fonction de médecin, qui a été gravement détériorée ces dernières années, par de multitudes propos et postures tenues par des hauts responsables qui, pourtant, ont la charge de mettre en œuvre des politiques qui permettent à la médecine de s’élever, de progresser, de s’améliorer en permanence, pour qu’à la fin nos patients puissent avoir des soins de qualité.

Pour que nos compatriotes puissent avoir confiance en leurs soignants partout où ils seront. Pour que le médecin retrouve sa notoriété, sa valeur et sa confiance, annulant ce qui est aujourd’hui très préoccupant, la mise à la vindicte populaire de notre médecine et de notre système de santé.

Une réforme en profondeur de la politique de la santé et des études médicales est indispensable, qui passera par l’implication sincère et attentive de tous les professionnels de la santé. Les résidents et le personnel paramédical, la relève, les soignants de demain, ceux sur qui reposeront les orientations politiques de santé, doivent être écoutés, approchés et valorisés. Ils sont les piliers du système de santé qui meilleurs maintenant, transmettront mieux demain. Il est un devoir de trouver des réponses à la question de l’exode des médecins algériens du public vers le privé mais surtout vers d’autres pays. Il ne faut pas l’occulter, il y a un véritable malaise», explique cet éminent chirurgien natif de Tlemcen.

Cependant, une de ses fiertés est d’avoir laissé dans son service une excellente succession, une équipe qui saura relever les défis. Un défi majeur est celui d’augmenter les capacités de prise en charge des patients vasculaires qui sont de plus en plus nombreux et qui sont de plus en plus demandeurs. Une autre raison qui a été à l’origine du départ du professeur Bouayed, est la pression exercée par la forte demande alors que le service de l’EHU Oran, qui draine pratiquement les patients de toutes les wilayas du pays, car utilisant les techniques thérapeutiques les plus récentes, est très exigu.

«Peu de lits et surtout une seule salle opératoire dédiée avec une autre de temps en temps et qui très souvent ne peut accueillir un deuxième malade à partir de 14 heures pour de très nombreuses raisons et problèmes qui restent insolubles. Ces derniers temps, seul un patient, parfois deux sont opérés par jour alors qu’il y a des milliers de malades en attente. En outre, ces derniers avec leurs parents se mettent, à juste titre, en colère mais le problème c’est que c’est le chef de service et son équipe chirurgicale qui sont accusés de ces insuffisances alors que réellement ils n’ont aucune responsabilité dans cet état de fait.

La pathologie vasculaire, la plus fréquente des pathologies, et l’insuffisance drastique et inquiétante des espaces, doit faire réfléchir. A l’EHU, il faut au moins 3 salles opératoires équipées en personnel et en matériel pour pouvoir répondre à toute la demande et pour diminuer la pression sur les chirurgiens et apaiser la souffrance des patients», ajoute ce membre actif de l’académie nationale française de chirurgie.

Le professeur Bouayed affirme à notre journal qu’il restera toujours à la disposition de son équipe du service de la chirurgie vasculaire de l’EHU d’Oran. Néanmoins son départ est une grande perte pour le secteur public et par voie de conséquence pour les malades.

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).

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