De l’oralité dans la transmission du patrimoine musical andalou, conférence du Dr Yahia Ghoul à Tlemcen

Par El Hassar Salim (Enseignant universitaire, chercheur et auteur).

La question comment protéger le patrimoine labellisé musique classique dite andalouse fut le thème d’une conférence animée par le docteur Yahia Ghoul, invité de l’association culturelle et artistique Mohamed Bouali. Cette conférence réunissant un parterre d’intellectuels, connaisseurs et artistes fut l’occasion donnée à ce spécialiste en chirurgie cardiovasculaire ayant exercé aux Etats-unis, mais aussi, grand mélomane et chercheur porté vers l’étude des legs artistiques et culturels andalous au Maghreb de faire part, dans le cadre d’une approche à la fois critique, de ses observations sur l’état de ce patrimoine et de ses effets de choix ou de routine en matière de respect de ses règles.

Cet ancien élève du conservatoire d’Oran passionné de musique arabo-andalouse fut fondateur en 1968 de la prestigieuse association Nassim al-andalous dont le nom se confond dans la même posture de vigile avec un autre et illustre chef d’orchestre docteur Mohamed Amine Mesli, un homme de culture dont le passage à la vie fut également un exemple ayant servi par ses recherches la cause du patrimoine dans toute sa richesse et son étendue.

Nous noterons qu’après l’indépendance la musique a connu une phase de collecte qui a pris un caractère singulier sollicitant la mémoire des derniers maitres survivants dont Redouane fils de Cheikh Larbi Bensari qui a exercé une autorité énorme et dont l’influence est restée importante.

Grace au travail accompli auprès de ce maitre Cheikh Mohamed Bouali, Sid Ahmed Serri, en rapport étroit dans ce travail de collecte, avec aussi Salim Mesli, Yahia Ghoul, l’on doit la redécouverte de morceaux tombés dans l’oubli. Pour l’essentiel la source référentielle de ce qu’on appelle l’école de Tlemcen, en tant que lieu historique de production, remonte pour l’essentiel à Cheikh Larbi Bensari.

Il a rappelé aussi que cette musique dans sa transmission a bénéficié du concours de mélomanes et musiciens passionnés composé du dernier quartette du patrimoine Cheikh Mustapha Senoussi Bereksi, Abderrahmane Sekkal, Mohamed Bouali enfin Mohamed Bensari fils de Cheikh Larbi qui ont joué un rôle important dans la mission qui leur était dévolue en tant que passeurs.

Le conférencier a ainsi démontré par le son et l’écriture que cette référence n’est pas respectée par les disciples – interprètes dans l’exécution du segment dit Metchaliya ou prélude instrumental du mode raml maya pris en modèle de l’édifice de la nouba dont l’école de la sanaa-gharnata de Tlemcen conserve la tradition avec l’école de Fès, soulignera-t-il.

Ainsi s’est-il posé la question de savoir s’il n’est pas urgent aujourd’hui de garantir la transmission d’une manière conventionnelle de ce pan important du patrimoine artistique de notre pays qui souffre encore d’une déculturation profonde au point de vue de ses règles musicales classiques, des œuvres et des auteurs appréhendant autrement l’histoire de cet héritage ou thurât considéré longtemps comme un espace de liberté et de création dans un cadre précis et codifié, et cela à cause de son oralité ?

La genèse de cette musique a besoin d’une patrimonisation musicale sur la base de ses règles classiques souvent complexes qui expliquent certaines discontinuités et altérations sous l’effet de stimuli entre la trentaine d’associations représentant cette école à Tlemcen, Oran, Sidi Bel-Abbès, Paris… et qui s’éloignent l’une de l’autre dans l’interprétation.

Les anthologies poétiques recensant les fleurons de sa prose doivent intégrer le passé non seulement andalou mais maghrébin et algérien des auteurs mais tout cela ne suffit pas, notera-t-il. Pour cela, il en appelle, dans sa conférence, à la création d’un cadre de recherches pour une étude définissant d’une manière claire les règles touchant à son édifice rythmique, terminologique, musical, ses variantes indispensables à son étude, son apprentissage, enfin sa préservation.

Docteur Yahia Ghoul qui est l’auteur d’un précieux travail de recherche sur le Mizan le rythme en musique andalouse (Sidi Belabbès, 2011), fit allusion dans sa conférence à l’œuvre pionnière de transcription du patrimoine de musique andalouse entreprise à l’aune du XXe siècle par le professeur Mostéfa Aboura, illustrant le parcours d’un intellectuel qui a séduit les musicologues au début du siècle passé dont les manuscrits ont été légués à l’Etat en 2011 dans l’attente des spécialistes et mélomanes de leur publication par le ministère de la Culture.

A ce titre, nous rappellerons l’attente, depuis 2011, de l’encyclopédie (1500 pages) des poètes de la geste populaire du genre musical hawzi qui témoigne de l’interaction ancestrale des legs culturels et artistiques inventant d’autres modalités, faisant partie du mouvement littéraire et artistique dès le XVIe siècle, reflet d’une vie musicale à cette époque, de ses auteurs Salim El hassar et Nasreddine Baghdadi.

Nous noterons qu’à l’issue de cette conférence le Dr Yahia Ghoul fut honoré par une reconnaissance au milieu d’une assistance composée de personnalités du monde de l’art et la culture à Tlemcen parmi laquelle la présence de Monsieur Mounir Bouchenaki, ancien directeur du centre du patrimoine mondial et sous-directeur général pour la culture actuellement chargé du centre de l’UNESCO pour le patrimoine mondial dans la région arabe, créé à Bahreïn, en 2012.
 

 

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