Etablissements privés: Le conseil de l’ordre conteste la garde médicale

Depuis l’instauration de la garde médicale dans le secteur privé, le conseil de l’ordre des médecins (65 000 médecins généralistes et spécialistes) connaît une ébullition sans pareil au sein de ses rangs.

Réunis en urgence, sous la présidence du docteur Bekkat Berkani, jeudi dernier, à l’hôtel Renaissance de Tlemcen, les 42 membres du conseil national ont rejeté d’une même voix l’obligation de garde des structures médicales privées, imposée par une instruction émanant récemment du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.

Une décision qui intervient, rappelons-le, quelques jours après le décès d’une parturiente et de son bébé dans la wilaya de Djelfa.

«Nous sommes des médecins au service de l’Algérie, mais chacun dans son mode d’exercice, si notre pays a besoin de nos collègues dans une situation qui est grave et gravissime, nous sommes à la disposition de l’Algérie. Maintenant, si c’est pour servir de fusible, dans une situation de la santé publique qui n’a pas marché, il faut que nous discutions. Si un médecin doit aller boucher les trous, puisque, c’est un bouche-trou là, il doit le faire de façon volontaire et dans des conditions qui soient claires et négociées. On ne peut pas obliger un médecin en dehors des circonstances particulières, comme le tremblement de terre, les inondations, ou une guerre. Mais venir nous imposer cette mesure, c’est insensé !», a indiqué Dr Bekkat en marge de cette réunion.

Interrogé sur le coût engendré de la santé, Dr Bekkat a ajouté que «la santé en Algérie est primordiale, nous sommes dans un pays démocratique, tout citoyen que vous rencontrez dans la rue vous dira que la santé doit être la priorité des priorités, donc dans la tête du citoyen, elle est absolument essentielle. Maintenant, en ce qui concerne les coûts, on peut faire des économies. Il y a des voies et moyens si on parle de coûts. Si on parle par exemple du diagnostic et de traitement des maladies, nous en tant que médecins, si on est intéressés vraiment, si on nous demande notre avis on peut faire des efforts. Vous avez des gestionnaires qui font des fautes incommensurables dans, par exemple, l’achat des équipements, vous avez les hôpitaux qui sont dans un état qui ne répond pas à la médecine moderne, et ça c’est une faute, parce qu’il faudrait, dans notre pays, qu’on puisse demander des comptes à tous ceux qui ont exercé la responsabilité.

Alors que nous étions dans une aisance financière évidente, on n’a pas vu venir ce moment où il faut faire des économies, par exemple, un hôpital qui est pavillonnaire, ça demande deux fois plus de dépenses qu’un hôpital qui est moderne, qui est absolument vertical. Mais ceci dit, on peut faire un effort de discussions, essayer de trouver une voie médiane, parce qu’il ne faut pas perdre de vue qu’aujourd’hui, certaines maladies demandent des moyens d’investigation et des moyens de traitement qui sont de plus en plus chers. Vous avez par exemple, si on doit faire des comptes, 50% de la pharmacopée des hôpitaux qui est consacrée aux cancers, donc ça fait une charge gênante, c’est fini maintenant les antibiotiques et tout ça».

S’agissant de l’aspect de la prévention dans le secteur de la santé, le président du conseil de l’ordre a précisé : «On a fait des centres anti-cancer, mais il nous semble en tant que praticiens que la prévention est bien plus importante que l’aspect curatif. Comment fait-on pour prévenir le cancer de seins, qui représente 20% des cancers ? Qui doit faire la mammographie ? A quel prix ? Il faut répondre pour pouvoir organiser le dépistage efficace. Vous avez le cancer de la prostate qui est le plus fréquent chez l’homme, qui doit faire le PSA ? Alors ne perdons pas de temps en essayant de trouver des moyens de traitement complexes, par exemple, comme un centre de curiethérapie ou autre centre anti cancer, qu’on est en train de construire à grands frais, alors qu’on pourrait déjà s’attaquer à la prévention. La prévention c’est important ! Tous les pays qui nous ont précédés et qui ont voulu faire des économies font de la prévention un leitmotiv».

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).

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