Examens de fin d’année : entretien avec Nouria Benghabrit

Propos recueillis par Hadjer Guenanfa 

Le début des examens de fin d’année est prévu, demain mercredi 23 mai, avec la Cinquième (fin du cycle primaire). Son lancement se fera à partir de la wilaya déléguée Menea (Ghardaïa) et Hassi Messaoud (Ouargla). Dans cet entretien, la ministre de l’Éducation nationale revient sur l’exécution des programmes scolaires notamment après la grève du Cnapeste et sur les dispositions prises contre la fraude lors des épreuves du Bac.

Les examens de fin d’année notamment celui du baccalauréat approchent. Cette année scolaire a été marquée par une longue grève menée par le Cnapeste. Est-ce que le programme scolaire a été achevé notamment pour les classes de terminale ?

Sur cette question, un travail fabuleux a été mené avec l’inspection générale de la pédagogie. Il fallait commencer par un état des lieux très précis dans un certain nombre d’établissements car il faut rappeler ce ne sont pas tous les établissements scolaires qui ont été touchés par la grève. Même dans les villes essentiellement concernées par la grève, c’est-à-dire Blida et Béjaïa, le niveau de réalisation des programmes était différent d’un établissement à un autre.

À partir de cet état des lieux, un autre travail qui a été fait par l’inspection pour savoir quand les différents établissements pourraient finaliser les programmes dans un temps donné. Nous avons redéployé par la suite les inspecteurs qui ont accompagné les enseignants dans les établissements concernés.

L’essentiel du travail a été fourni. Une bonne partie des établissements ont terminé le programme le 15 mai. Les autres devraient finaliser le programme le 25 mai. Il reste l’effet psychologique de la grève. Celle-ci avait touché un nombre précis d’établissements. Mais les conséquences de la perturbation psychologique ont été générales. Les élèves se vivaient comme n’ayant pas terminé alors que le programme a été finalisé.

De nombreux candidats craignent de se retrouver devant des thèmes qu’ils n’ont pas étudiés au cours de l’année scolaire à cause de la grève. Comment les sujets du baccalauréat ont été élaborés après cette longue grève ?

Il faut savoir qu’il y a deux sujets au choix qui sont proposés lors de chaque épreuve du baccalauréat. Le candidat trouvera son bonheur. Ces sujets sont faits sur la base d’un programme tel qu’il a été réellement mené sur le terrain. Nous avons des inspecteurs qui ont suivi de très près la mise en œuvre des programmes.

Les candidats ne seront pas surpris ?

Il y a deux sujets au choix pour chaque épreuve.

Quelles sont les mesures prises par votre département pour éviter ce qui s’est passé au cours de ces dernières années notamment les fuites des sujets ?

Nous avons pris toutes les mesures nécessaires dès l’année dernière. Sur le plan des conditions matérielles, nous avons réaménagé la salle de tirage de l’Office national des examens et concours (Onec) cette année. Nous avons également amélioré la qualité de la surveillance qui est désormais centralisée. Tous les responsables chargés de la sécurité sont à l’intérieur du bunker.

La sécurisation du bunker nous a permis en même temps d’améliorer les conditions de vie des inspecteurs qui étaient très difficiles auparavant. L’infrastructure destinée à l’hébergement a été complètement refaite malgré les difficultés (financières) que nous rencontrons. Une unité d’urgence médicale est également assurée.

Il faut savoir que nous avons 129 inspecteurs et formateurs qui ne sortent pas du bunker quelle que soit la situation. Ils ne sont pas informés de ce qui se passe à l’extérieur et ils le savent. Nous avons eu des cas où des inspecteurs ont perdu leurs parents. Ils l’ont su à la sortie du bunker qui intervient le dernier jour du baccalauréat. C’est un vrai sacrifice que l’on exige d’eux.

Qu’avez-vous prévu contre la fraude durant les examens ?

Nous avons commencé l’opération de sensibilisation envers les élèves. Les portables sont interdits pour tout le monde à l’intérieur des centres d’examens. Trois enseignants assurent la surveillance de chaque salle où il ne peut pas y avoir plus de vingt élèves. Nous comptons beaucoup aussi sur les parents qui jouent un rôle important pour dissuader leurs enfants et les mettre en garde sur les conséquences encourus en cas de fraude. Car dans tous les cas, si deux candidats ont des copies similaires dans une épreuve, cela se retrouve très vite au niveau de la correction. Les enseignants correcteurs mettent automatiquement un zéro quand ils se retrouvent devant des copies similaires. Beaucoup de situations de fraude non-identifiées durant les épreuves le sont au niveau de la correction.

Est-ce que l’accès aux réseaux sociaux dont Facebook et Twitter sera encore une fois bloqué durant la période des examens ?

Non, ce n’est pas d’actualité.

Ne craignez-vous pas la publication des sujets sur Facebook ou Twitter comme on l’a vu durant les années précédentes ?

Il faut savoir que beaucoup de faux sujets circulent sur les réseaux sociaux. L’année dernière, nous avons enregistré des centaines par jour. Et ce qu’il faut bien comprendre est que l’un des objectifs premier est de perturber les candidats. Cela ne veut pas dire que ces sujets diffusés ne sont pas vérifiés. Il faut savoir que les personnes qui diffusent ne passent pas inaperçus.

Nous avons des laboratoires de cybercriminalité qui sont à tous les niveaux et qui accompagnent les examens nationaux. Les arrestations effectuées les années précédentes ont eu un effet dissuasif. Elles ont fait diminuer le nombre de sujets qui circulent.

L’année dernière, il n’y a eu strictement aucune fuite. Ce qui se passe avec les nouvelles technologies est que les sujets une fois distribués en classe sont parfois photographiés et diffusés clandestinement. Le problème n’est pas tant que les sujets soient diffusés après leur distribution, c’est la réception de réponses qui pose problème. Pour y remédier, nous avons par exemple mis en place des brouilleurs de réseaux dans certains centres.

La partie la plus importante demeure la surveillance humaine. Un surveillant peut identifier quelqu’un qui est en train d’écouter quelque chose à partir de son attitude physique. En 2017, 1238 candidats ont été surpris en flagrant délit de fraude pendant l’épreuve ou découvert après l’examen (au moment de la correction).

Est-ce que votre département sera toujours aussi intransigeant avec les retardataires ?

Nous avons clarifié cette question du retard. Dans la matinée, les portes des établissements s’ouvrent à 7h30 et ferment à 8 heures. Nous avons donné des instructions pour que les portes des établissements puissent s’ouvrir, entre 8 heures et 8h30 à ceux qui exceptionnellement arrivent en retard et de manière justifiée.

Les retards sont désormais codifiés. À partir de 8h30, nous commençons à distribuer les sujets. Plus personne ne peut rentrer. Les portes resteront fermées. Nous avons élaboré un protocole. Tous les établissements sont au courant. Le candidat le sait également puisque cela est inscrit sur sa convocation.

L’organisation d’une cession partielle pourrait-elle être envisagée comme les années précédentes ?

Ce n’est pas prévu.

Est-ce que la suppression du baccalauréat pourrait être envisagée dans le cadre de la réforme ?

Pas du tout. Nous avons un très grand attachement à cet examen. L’enjeu de la réforme est de prendre en ligne de compte le contrôle continu à partir de la 2e AS qui valorise l’effort menée par l’élève durant toute l’année. C’est essentiel pour nous parce qu’il y a des mauvaises habitudes qui sont en train de s’ancrer dans la société. Elles consistent à ne plus venir au troisième trimestre. Cela est même en train de se reproduire en première année universitaire par ces mêmes élèves. Cette tradition qui est en train de se cimenter est extrêmement dangereuse.

Quand cette réforme sera-t-elle mise en œuvre ?

Dès qu’il y aura un accord. Nous allons représenter le dossier aux syndicats avant de le poser au niveau du Conseil du gouvernement afin qu’il soit débattu. Cela vaut le coup. Toute la société est en attente d’un changement et cela nous fera passer d’un bac de cinq jours à trois jours.

Vous avez lancé un appel d’offres pour un séjour pour les lauréats des examens nationaux. Qui est concernés par ce voyage ?

Cela ne concerne qu’une centaine de lauréats du baccalauréat qui sont honorés par la présidence de la République. Les envoyer en voyage est une manière de les honorer. Ils partiront cette année en Espagne. Lorsqu’ils vont visiter les traces laissées par la civilisation musulmane, les candidats verront une dimension de l’Histoire. Nous les envoyons aussi avec des professeurs d’Histoire. C’est un voyage fondamentalement culturel et éducatif.

TST.  

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