Comment expliquer le geste terroriste isolé de Farid Ikken devant Notre-Dame de Paris, mardi dernier ?

Le profil de Farid Ikken, l’auteur algérien de l’attaque au marteau sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le mardi 6 juin, a surpris non seulement les policiers parisiens de la brigade anti-terrorisme, chargés de l’enquête, mais tous ceux qui ont eu à prendre connaissance de ces faits dramatiques par le biais des médias.

Pour le  procureur de Paris, François Molins, qui a donné hier une conférence de presse, “Farid Ikken est un djihadiste néophyte. Il était professionnellement inséré. Il n’a jamais montré à ses proches des signes de radicalisation. Il n’a jamais été condamné. Il était inconnu des services spécialisés et sans contact à ce jour avec des individus présents en zone irako-syrienne”.
“L’enquête, a-t-il ajouté, a mis en lumière une personnalité imprégnée par la propagande djihadiste mais cette radicalisation s’est faite à l’abri des regards, aucun de ses proches n’en ayant perçu le moindre signe.”
Comment alors expliquer un tel acte, à la limite du “non-raisonnable”, du “non-prévisible”, c’est-à-dire un geste qui peut s’inscrire éventuellement dans un processus pathologique de dérèglement du comportement humain ?
Nous avons demandé au Dr Lotfi Bendiouis, psychiatre à Tlemcen, de tenter une lecture analytique d’un tel acte criminel “hors normes” et sans essayer d’amoindrir le moins du monde, sa gravité.
“La transformation d’un homme apparement ordinaire en un terroriste est rarement brutale et abrupte. Le terrorisme est  le résultat d’un processus qui pousse graduellement un individu vers des comportements violents. Ce processus se déroule dans un environnement politique impliquant un État, un groupe terroriste et une idéologie”.
“La motivation et la vulnérabilité sont les facteurs psychologiques clés pour comprendre comment une personne entre dans un labyrinthe mental qui le conduira a devenir un terroriste. La motivation est une émotion, une impulsion qui incite à l’action, et ici au passage à l’acte. Tandis que la vulnérabilité est associée à la persuasion, à la tentation et à la probabilité d’y succomber”.
“Le mecanisme qui conduit aux conduites violentes, précise le psychiatre, peut être décrit comme suit: À l’origine, apparaît un sentiment qu’on peut résumer par cette expression : “ce n’est pas bien!”. C’est un constat d’insatisfaction ou de grief. Ensuite lui succède une phase mentale résumée par cette remarque : “ce n’est pas juste!” Précisons qu’une situation indésirable n’est pas nécessairement injuste, car la perception de l’injustice nécessite une comparaison”.
“S’installe ensuite dans l’esprit du potentiel agresseur, une pensée qu’on peut schématiser dans l’accusation : “c’est votre faute!” Pour un profil psychologique particulier, les mauvaises choses n’arrivent pas sans raison et quelqu’un ou quelque chose doit en être responsable”.
“Enfin surgit le sentiment ultime, la sentence finale: “vous êtes mauvais!”. Le mécanisme pour développer des conduites haineuses envers un groupe ou une institution se met alors en place. La violence (y compris la violence terroriste) est facilitée par l’érosion des barrières qui inhibent le comportement agressif en créant des justifications et en déshumanisant les victimes”.
Amine Bouali  (algérie1)

 

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