Ghazaouet une ville, entre histoire et légende

Par  Omar El Bachir

Nichée dans une cuvette, ceinturée par des collines, située à l’extrême ouest de l’Algérie, la ville de Ghazaouet offre un paradoxe de taille : elle est enfermée naturellement,   et portant elle s’ouvre sur la mer offrant un paysage côtier composé de douces plages de sables et de galets et d’espaces ombragés d’une rare Beauté.  Là où la terre et la mer se rencontre on a l’impression  que les monts de Trara s’effacent pour laisser passer la mer formant une  magnifique   baie , à  la forme d’un   demi-cercle  qui deviendra un embarcadère en bois vers les années 1846 . Quelques années plus tard, de  1861 à 1902   s’était lancée la construction du port de Ghazoauet. Tout autour de cette infrastructure commerciale  fut construite  la nouvelle ville  de Nemours, baptisée  en hommage à Louis, Charles, Philippe d’Orléans, duc de Nemours. Ainsi   Ghazaouet dont le nom est la forme masculine d’un mot berbère « taghzouyt » signifiant « creusé » et désignant un « ensemble de champs situés dans la plaine entre deux montagnes devient Nemours.

La ville de Ghazaouet se caractérise par un paysage admirable, marqué par la présence de la mer  et  les reliefs escarpés des monts de tratra, présentant une bonne masse  forestière de pin d’Alep et une riche diversité  floristique et faunistique .Du haut de ces falaises qui surplombe la mer, A l’EST, Laanina , Boudouala, SOUINIA  El Kabouyate  , ces  plages de sable et de galets s’abritant dans des calanques  accrochent le regard. Ces beaux rivages  qui préservent encore  leur beauté vierge  et leur charme brut  n’est qu’une gamme de beauté difficilement égalable. Elles offrent aux autochtones un plaisir incomparable. Des familles s’y rendent quotidiennement pour profiter de la mer en toute sérénité. Le seul accès à ces havres de paix,  des pistes étroites  serpentant le  long des versants dénudés. Le regard se promène  de ces falaises abruptes  à la mer qui brille au soleil et s’arrête longuement à l’horizon où le ciel et l mer se confondent, sur les pics d’Espagne largement visible par temps dégagé. ET, pour couronner le tout, les légendes  qui témoignent d’un riche patrimoine culturel enfoui sous les décombres  de la ville ruinée et solitaire, Touant où est enterrée la mystérieuse  Lala Ghazouana.

« Cette femme  continue à intriguer  les Ghazaoueti. La Monographie de Djamma-Ghazaouât de Francis LLABADOR, la seule référence dont on dispose,  évoque   Une  femme à la très grande beauté, considérée comme une sainte. Elle  est inhumée dans une simple tombe de pierres sèches, près du fortin construit par le Génie militaire, sur le plateau dominant, la ville et le port et qui porte toujours son nom « lalla Ghazouana. »   Elle avait la réputation d’avoir été une femme guerrière d’un grand courage et chef des pirates et écumeurs de mer qui peuplaient la bourgade de Taount sous la domination turque »

Autour de ces ruines anciennes d’un village enseveli une légende s’est construite : des trésors considérables gardés par des génies  noirs y sont enfouis. Légende ou réalité, les chercheurs de trésors continuent jusqu’à   présent à fouiner dans le plateau de lala Ghazounana à la recherche de la fortune détruisant ainsi un patrimoine archéologique inestimable : des  silos dans lesquels les Berbères conservaient leurs grains, ainsi que de nombreuses grottes qui paraissent avoir été habitées  sont continuellement  saccagés à coup de pioche.

A   l’entrée du port dominé par Lalla Ghazouna ,   se dressent fièrement  deux gigantesques rochers. Telles de sentinelles qui veuillent sur la ville, ces mastodontes  renferment aussi une légende issue des aventures des deux frères bergers. On raconte  que là où émergent  ces colosses  existaient une fontaine. Les deux bergers y amenaient chaque soir leur troupeau s’abreuver  d’une eau douce et limpide.   Un soir un  tsunami a frappé la région et  une vague gigantesque a  engloutit tout sur son passage, les deux frères et leur troupeau aussi.

Par ailleurs, L’histoire de ces majestueux rochers   remonte à l’époque des  romains qui avaient baptisé la baie de Ghazaouet “Ad fratrès    nom qui signifie ‘les des deux frères.  Ces deux immenses  rochers,   qui émergent à  plus d’une vingtaine de mètres de l’eau,  un point de repère naturel pour les marins  depuis  des siècles, sont devenus le symbole de la ville.

Quiconque se rend   Ghazaouet, s accorde  naturellement  une flânerie du côté des brise-lames pour prendre en photo les « deux frères » et  apprécier   le ballet incessant des différents types de bateaux de pêche et de commerce qui rendent ce lieu magique. Ce spectacle en perpétuel    mouvement, ce  magnifique charivari, ces tableaux éphémères fascinent les visiteurs qui affluent  au brise-lames.

Non loin des « deux frères » plus proche de la petite plage  surgissent des flots deux autres rochers de moindre envergure «  les deux sœurs » dont la  réputation  a grandi  depuis que l’enfant prodige de Ghazaouet, l’écrivain Khaled Sidhoum, en a  intitulé  son dernier roman.

Face aux deux sœurs, la belle petite plage de Ghazaouet qui faisait la fierté des Ghazaopuetis . Aujourd’hui elle est réduite à une anse polluée où se déversent les eaux usées d’Oued Ghazouana et les effluents de l’entreprise de Zinc. Bien qu’elle soit interdite à la baignade, les Ghazaouetis y affluent quotidiennement pour  s’y baigner. Un peu plus loin vers l’ouest, la plage d’OUED Abdellah.

Depuis quelques années, après une importante opération d’aménagement,  cette belle petite plage   de sable et de galets, nichée magnifiquement au fond d’une anse, dominée  par des  falaises  abruptes couvertes d’une végétation dense, offre aux citoyens un  espace calme où ils  peuvent passer une journée au bord de la mer sans qu’ils ne  soient contraints de débourser de grosses sommes pour se rendre ailleurs. La plage connait aussi une grande effervescence la nuit. L’endroit est idéal pour profiter de la  fraicheur nocturne, savourer une bonne glace  et admirer cette vue magnifique de la nuit enveloppant les lumières scintillantes des bateaux de pêches qui défilent devant les regards  émerveillés des vacanciers.

Au-delà d’Oued Abdellah, toujours vers  l’Ouest la côte  est presque vierge et même sauvage à certains endroits. Les eaux  limpides d’un bleu profond  et le caractère unique du paysage d’AIN Kssab et Dakhla agrémenté par ces jardins suspendus,justifient la réputation de cette région par sa culture maraichère. Ces plages et criques d’une beauté à couper le souffle, sont des témoins silencieux de bon nombre d’expéditions  périlleuses clandestines   entreprises par des jeunes en quête d’une vie meilleure.

La ville peut se targuer aussi d’avoir l’un des plus anciens phares. Edifié en 1868  sur un promontoire qui surplombe la mer à 92 mètres d’altitude, le phare de Ghazaouet continue d’envoyer des lumières blanches  visibles à 24 miles marins, pour guider  les bateaux  à destination du port.

Forte de   son riche patrimoine  historique et culturel et de l’originalité et la splendeur de ses   paysages, la ville de Sidi Amar se caractérise aussi par un parler très particulier, incompréhensible au-delà de sa frontière mais  qu’elle conserve jalousement.    L’important flux  migratoire  interne qu’a connu  la ville de Lala Ghazouana  dans les années 80 conséquences de son industrialisation a enrichi le dialecte local sans pour autant influencé   la prononciation si particulière des autochtones. Tiré d’un fond  linguistique berbère et enrichi des apports extérieurs des grandes migrations à travers les temps, du Maroc voisin, de France, d’Espagne, d’Italie ou encore de la Turquie, Le parler de Ghazaouet est le résultat de brassage de plusieurs langues.

Mohammed Hamdoun, docteur en études anglaises et en anthropologie, professeur d’anglais au lycée français d’Abou Dhabi et auteur de plusieurs publications, revient sur les origines du parler particulier de Ghazaouet. Selon Hamdoun, Le parler de Ghazaouet a un substrat influencé par le berbère Zénète. Donc, il avait initialement un fonds linguistique berbère, puis il a été arabisé par des nomades venus de l’Arabie, notamment les Hilaliens mentionnés d’ailleurs dans le prologue d’Ibn Khaldoun. Aux fonds dialectaux arabe et berbère sont venus s’y greffer, depuis le XXe siècle, d’autres influences et apports des langues française, espagnole et italienne.

– Le parler Ghazaoueti s’est donc enrichi de mots empruntés à ces langues, notamment dans le domaine halieutique et maritime. La présence coloniale espagnole sur les enclaves de Ghazaouet au début du 16e siècle et par la suite pendant la présence de la colonisation française a laissé un stock lexical espagnol et français non négligeable plus particulièrement dans le domaine maritime et halieutique (pêche). La proximité géographique et les échanges commerciaux avec l’Espagne ont certainement augmenté le débit de l’usage de l’espagnol dans notre ville.Aussi, le langage local n’a pas emprunté seulement aux langues latines. La relation avec le parler du Rif marocain (berbère) dominé par un champ lexical rural, est très marquante. En somme, dans la ville natale d’Abdelkader Alloula, se côtoient des influences arabes,  européennes et même  africaines   depuis des siècles.  Cette diversité culturelle a façonné la cité des deux frères pour en faire une ville  ouverte, accueillante  et  hospitalière   et   où la convivialité est omniprésente.

O.El Bachir

Une pensée sur “Ghazaouet une ville, entre histoire et légende

  • 7 août 2018 à 17 h 29 min
    Permalink

    Très ravi et merci beaucoup de nous faire connaître l histoire de ghazaouet je vous souhaite bonne chance et bonne réussite.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *