Les habitants demandent une enquête sur la pollution à Ghazaouet

Une étude scientifique de grande ampleur, dite bio-surveillance des polluants, a été lancée le mois courant par le ministère de la Santé dans 39 wilayas du pays pour mesurer les effets des polluants sur les populations. Dans la wilaya de Tlemcen, l’enquête concerne les villes de Ghazaouet, Béni-Ouarsous et Sidi-Medjahed, nous apprenait hier le directeur de la santé de Tlemcen, M. Khellil Toufik.

Organisée en collaboration avec le Centre national de toxicologie et l’Office national des statistiques, cette étude -première à l’échelle africaine et arabe- va toucher au moins 49 personnes de ces communes de spécificités géographiques différentes (côtière, rurale et semi-rurale).

Selon le DSP de Tlemcen, des équipes formées au centre de toxicologie en 2016, vont passer auprès des riverains âgés entre 3 à 65 ans pour mesurer l’impact des polluants. Ils feront des prélèvements de sang, de cheveux et d’urine.

Après analyse et examen au Centre national de toxicologie, des dispositifs de bio-surveillance de la qualité de l’air seront mis en place dans les communes polluées, a-t-on précisé. «L’étude BPAP va permettre aux chercheurs de connaître avec précision la nature et la quantité des polluants présents dans l’organisme des habitants des localités choisies dans les 39 wilayas pour les comparer à celles d’une population-témoin, éloignée des sources de pollution. Les résultats seront connus dans quelques mois.

Cette enquête vient à point nommé, car elle va mesurer l’impact de la pollution sur les habitants, notamment de Ghazaouet qui étaient exposés durant des années aux fumées toxiques de l’usine d’Alzinc (l’une des plus importantes de la wilaya depuis plus de 40 ans) qui produit un cocktail de polluants dus à la diversité de ces activités (acides sulfuriques concentrés, alliage de zinc et de pastilles, cuivre électrolytique en cathodes et électrolyse). Une étude menée par des spécialistes et médecins du CHU de Tlemcen sur des patients de la région de Ghazaouet, a montré que les pathologies cardio-vasculaires, les cancers du poumon, de la plèvre et de la vessie, comme les leucémies aiguës sont «significativement élevés», et des fragilités d’ossements ont été constatées au fil du temps chez ces habitants qui vivent autour de l’usine.

En plus des émanations toxiques, Alzinc déverse ses déchets liquides et polluants (dont l’arsenic) à même la mer et entrepose ses déchets solides à ciel ouvert près des habitations. Des pêcheurs affirment qu’il leur est arrivé de remonter des poissons aveugles et des mouettes ont été retrouvées mortes près des décharges.

Selon Dr. Mohamed Mebarki, généraliste assermenté auprès des tribunaux, près de 400.000 tonnes de déchets solides sont déposés à ciel ouvert par l’entreprise d’électrolyse Alzinc sur une falaise qui domine la ville et la mer de Ghazaouet.

Les habitants souhaitent une étude qui doit passer au crible et analyser les multiples substances de métaux (arsenic, plomb, cadmium, mercure, benzène et autres hydrocarbures aromatiques polycycliques, issus de la combustion, les dioxines et dérivés du chlore (les PCB), qui logent encore dans tous les coins de Ghazaouet et la mer, sans omettre de procéder à un suivi de la qualité de l’air via des préleveurs atmosphériques. 

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).

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