Histoire : extrait de la communication de la délégation algérienne au Congrès de la FMJD tenu à Bucarest en juillet 1953.

Par Mohamed Rebah

     “Ouvriers, paysans, employés, étudiants, nous représentons absolument toutes les tendances, toutes les opinions et croyances de la jeunesse de notre pays. Nous représentons l’Association des étudiants musulmans, les étudiants progressistes, les jeunes syndiqués de la CGT, les jeunes du Rassemblement de la jeunesse musulmane algérienne, l’organisation des Scouts musulmans algériens, l’Union de la jeunesse démocratique algérienne, etc…Tous ces jeunes, luttant pour un objectif commun, sont ici représentés et s’expriment par notre voix à cette tribune.
     “Un très large esprit unitaire nous a été nécessaire. Nous avons dû faire de grandes concessions. Mais nous sommes fiers d’être arrivés à ce résultat : faire taire nos divergences pour apporter comme contribution aux travaux de ce Congrès une déclaration commune, qui dénoncera la triste situation faite à notre jeunesse par l’impérialisme français et qui dira aussi nos luttes et nos espoirs en un avenir meilleur de liberté et de bonheur…”
     “Depuis 123 ans, notre pays subit la féroce domination de l’impérialisme français. Notre peuple, durement exploité, voit ses richesses nationales pillées, sa culture étouffée, sa langue considérée comme une langue étrangère, son existence même en tant que peuple non reconnue. Mais c’est surtout la jeunesse qui est touchée par cette exploitation. Dés son jeune âge, l’Algérien est sous-alimenté, vivant dans des taudis, la maladie, la misère. Chaque jour, 1 700 000 enfants algériens ne vont pas à l’école parce que le gouvernement français préfère construire des prisons que des écoles.
    “Lorsqu’ils ne trouvent pas de travail dans leur pays, les jeunes Algériens sont obligés de s’exiler en France où on les emploie aux travaux les plus pénibles. Cinq cent mille Algériens vivent ainsi en France et subissent là encore la répression meurtrière des forces policières.
    Le 14 juillet dernier, notamment lors de la traditionnelle manifestation du peuple de Paris, six travailleurs de notre pays, qui participaient à cette manifestation aux côtés de milliers de leurs frères, sont tombés sur le pavé de Paris, victimes de la police française. Un travailleur français est mort avec eux, la main dans la main, victime de la même répression. Permettez-nous de saluer de cette tribune les représentants de la jeunesse de France qui, le 14 juillet dernier, s’est trouvée aux côtés de nos frères algériens. Permettez-nous également de leur dire que notre peuple et notre jeunesse uniront à jamais dans notre souvenir les héros algériens et français. Leur suprême sacrifice ne sera pas vain parce qu’il est un exemple qui éclaire la voie de l’amitié entre nos deux peuples…”
(Extrait du discours prononcé par M. Mahfoud Kaddache, Commissaire général des Scouts musulmans algériens, porte-parole de la délégation
 algérienne (publié par Alger républicain, le 31 juillet 1953, sous le titre ” Une des plus belles délégations de la jeunesse du monde, la délégation algérienne”)

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