L’agroalimentaire au menu

Promouvoir le développement de l’agroalimentaire en Algérie, partager et échanger le savoir et le savoir-faire relatif aux problématiques du secteur agroalimentaire, entre les académiciens et les professionnels.

Permettre aux étudiants de l’Ecole supérieure de management (ESMT) de s’imprégner des problématiques et des expériences des secteurs économiques et de côtoyer le monde professionnel, sensibiliser les acteurs tant publics que privés sur l’importance de cette composante de l’agro-industrie, sont, entre autres, les objectifs visés par les organisateurs de la 2e journée de réflexion, encadrée par des conférenciers internationaux et nationaux, sur «Les stratégies et l’entrepreneuriat dans le secteur agroalimentaire», qui s’est déroulée, mardi dernier, à l’Ecole supérieure de management (ESMT).

Le président de cette journée scientifique, Dr. Chikhi Kamel, a d’emblée indiqué que l’organisation de cette rencontre se situe en droite ligne de la politique de relance de l’économie prônée par l’Etat et l’incitation à la création d’entreprises et start-up et le développement de l’entrepreneuriat comme stratégie de la sécurité alimentaire en Algérie.

Abondant dans le même sens, l’expert associé de l’Institut de prospective économique du monde (IPEMED), Pr. Rastoin Jean-Louis (Montpellier), a tiré la sonnette d’alarme contre la consommation des boissons sucrées, les plats cuisinés et les « aliments ultra-transformés », qui d’après une étude récente « contiennent souvent des quantités plus élevées en lipides, lipides saturés, sucres et sels ajoutés, ainsi qu’une plus faible densité en fibres et vitamines, ce qui constitue un risque global plus élevé de cancer ».

Dans sa communication intitulée « Quels leviers stratégiques pour les PME agroalimentaires méditerranéennes ? », M. Rastoin (fondateur de la Chaire Unesco) a évoqué l’exemple du lait infantile contaminé par des salmonelles en décembre 2017 dans l’usine Lactalis (France), numéro 1 mondial des produits laitiers.

Il a par ailleurs souligné que « face à une insécurité alimentaire qualitative et quantitative croissante pointée dans toutes les prospectives, deux scénarios se dessinent. Le scénario tendanciel va privilégier le modèle agroindustriel financiarisé et ses impacts négatifs en termes de santé publique, de délocalisations productives et d’augmentation des inégalités socio-économiques au sein des pays et de la zone méditerranéenne.

On peut suggérer, dans ce contexte, un scénario alternatif, fondé sur la proximité, la solidarité et la durabilité, avec trois volets. En premier lieu l’amélioration de la situation nutritionnelle par l’endiguement de la dérive vers une consommation alimentaire globalisée et la promotion de la diète méditerranéenne (notamment par l’éducation scolaire et universitaire). Un tel modèle basé sur les ressources territoriales et patrimoniales méditerranéennes, associé à une éthique professionnelle et citoyenne, permettrait la reconquête des marchés intérieurs et l’expansion internationale par les exportations.

Le second volet traite de l’augmentation de la production alimentaire. Une politique agricole et agroalimentaire, fondée sur le concept de chaîne de valeurs (infrastructures matérielles et immatérielles et coordination de filière), doit stimuler les acteurs économiques. La qualification managériale par d’ambitieux programmes de formation doit conduire à des gains de productivité tout au long des filières.

Le troisième volet est relatif à la mise en place d’une véritable politique de co-développement euro-méditerranéenne qui comporterait un chapitre sécurité alimentaire’ dans une logique de complémentarité et de proximité, avec un dispositif de sécurisation à moyen et long terme des approvisionnements alimentaires par des contrats pluriannuels précisant des fourchettes de volumes et de prix des produits stratégiques échangés entre l’UE et les PSEM ».

De son côté, l’ex-ministre de l’Agriculture, Sid Ahmed Ferroukhi (ENSA, Alger), a mis l’accent sur les innovations et la création des start-up dans les filières agroalimentaires en Algérie et la dynamique d’adaptation et d’anticipation à la prospective alimentaire. Il a énuméré plusieurs cas de nouvelles start-up algériennes évoluant dans les secteurs de la restauration par Internet, le transport par taxi, la qualité de l’eau et la protection de dromadaires et de chameaux par bracelets électroniques.

Dans sa communication sur « l’agroalimentaire en Algérie, entre la préservation d’une sécurité alimentaire et la pérennité du secteur », Pr Chaib Baghdad (faculté des sciences économiques, commerciales et de gestion, université de Tlemcen) a mis en relief les études et analyses menées sur la question de la sécurité alimentaire qui reviennent et invoquent, inévitablement, le rôle et la place qu’occupe l’industrie agroalimentaire dans l’économie, du moment que celle-ci est bien placée pour garantir la disponibilité des produits alimentaires.

« Toute économie qui se respecte tente de satisfaire les attentes des consommateurs (et donc la population) dans la fourniture des produits alimentaires et rassurer, en même temps, ces derniers sur la possibilité d’y accéder pour atteindre les objectifs d’autosatisfaction et surtout la maximisation de l’utilité (selon le jargon microéconomique), ce qui incombe à l’industrie agroalimentaire de relever un tel défi, par le biais d’une production appropriée et adéquate », a-t-il souligné.

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).

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