L’ancien officier du MALG, Lemkami Mohamed nous raconte le Chahid Colonel Lotfi

 

Par Gadiri Mohammed

Dans le cadre de l’écriture de l’Histoire de la lutte de libération nationale, et à l’occasion du 57e anniversaire du décès du Chahid Colonel Lotfi, TST reprend le récit historique inédit livré par M. Lemkami Mohamed, ancien officier au ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG) sur ce Grand Héros, tombé au champ d’honneur, le 27 mars 1960 à Djebel Béchar, à l’âge de 25 ans et 4 mois.

La jeunesse de Dghine Bénali dit Lotfi :

Dghine Bénali, fils de Abdelkrim dit Abdallah et de Lokbani Mansouria est né le 05 mai 1934 dans l’Allée des Sources du quartier d’El Kalaâ de Tlemcen. Pour mémoire, cette rue de moins de 100 mètres a donné plus de vingt Chahids. C’étaient non seulement des voisins de Bénali, mais des amis et plus tard des compagnons d’armes. Effectivement, il faisait partie de ce cercle de jeunes de l’Allée des Sources qui étaient tous voisins et avaient souvent des liens familiaux.

Déjà adolescent, il émergeait de lui la droiture et la rationalité. Ses parents étaient de conditions modestes. Le père, un simple employé de mairie, était marié à une seconde femme islamisée nommée El Hadja Zizette qui était très proche du jeune Bénali. Jeune garçon, il avait suivi ses parents à Alger ou son père avait ouvert un petit commerce qui n’avait pas duré longtemps. L’école primaire commencée à Tlemcen à l’école Déscieux (El Abili actuellement) s’était poursuivie à Alger, puis retour à Tlemcen.

Pendant environ une année, il s’était éclipsé à Oujda pour consolider sa langue arabe au Collègue Abdelmoumène et préparer le concours d’entrée à la Médersa de Tlemcen. C’était dans cette Médersa que probablement Bénali avait ouvert les yeux sur la politique car, c’était une véritable fourmilière d’étudiants venant de toute l’Oranie. Chacun d’entre eux avait ses propres convictions et nombre d’entre eux avaient très tôt rejoint le maquis dont certains sont tombés plus tard au Champs d’Honneur.

Sa formation politique avait été certainement complétée par Mustapha Berrezoug, le mari de sa tante maternelle qu’il fréquentait régulièrement. Ce dernier était un militant très actif du Parti du Peuple Algérien (PPA) ce qui lui avait coûté plusieurs séjours en prison et à Djenien Bourezg, centre d’internement de réputation. A la médersa, il fréquentait entre autres Djelad Ahmed et Larbi Bénamar. Le premier, Lieutenant de l’Armée de Libération Nationale (ALN) est tombé aux champs d’honneur en 1959 à Béni Bahdel, daïra de Béni Snous. Le second était un ancien membre de l’Organisation Secrète (OS), fait prisonnier en tant que membre de l’AlN en 1955, s’était évadé du tribunal de Tlemcen en 1956 au cours de son jugement.

Vers l’année 1952/1953, sur l’instigation de Larbi Bénamar, un groupe informel d’amis et de confiance se rencontraient une fois par semaine dans l’arrière-boutique de Ali  Khédim au quartier du Medress, comprenant Kerroum Kouider, du Collège de Slane, futur étudiant en médecine à Alger ayant rejoint l’ALN à Sebdou après la grève des étudiants et tombé au Champs d’Honneur dans la même région en 1956, AbderrezakBekhti du collège de Slane, tombé au champs d’honneur dans la région de Sabra en 1956, Djelad Ahmed de la médersa puis universitaire à Alger ayant rejoint l’AlN après la grève, tombé au champs d’honneur en 1959 à Béni Snous.

Lemkami Mohamed du collège de Slane ensuite instituteur, ayant rejoint le maquis fin 1955. Pour mémoire, Khédim Ali le Major parce qu’il était en plein exécution du service militaire dans l’armée française, avait remplacé Lotfi à la tête de Tlemcen, tombé aux champs d’honneur dans le quartier de Sidi Chaker de Tlemcen en juillet 1957.

Au cours de nos débats dans nos rencontres, Bénali nous étonnait par ses capacités d’analyse et transcendait sur le plan politique malgré son jeune âge. Nous étions entre autres chargés de diffuser clandestinement des documents secrets et la presse du parti du PPA.

Le Stage de préparation Militaire:

Bénali était un sportif. Il nous l’avait montré au cours de notre stage commun de préparation militaire durant l’année 1953, sous le commandement du Colonel Slimane Belhabich de l’armée française. Cette préparation nous permettait d’avoir le sursis pour poursuivre ultérieurement nos études. Elle nous  avait surtout servi en rejoignant plus tard les rangs de l’Armée de Libération Nationale.

En dehors de cela, Bénali invitait très souvent chez lui des amis intimes en particulier ses proches voisins. Même certains Medersiens et collégiens comme Ali Rebib, Djamal Brixi, Hocine Senoussi, y avaient assisté. En ces occasions aussi, la politique prenait le dessus dans ses discussions. Les thèmes d’actualité étaient débattus : la guerre du Vietnam, l’Egypte, la Tunisie et le Maroc. Ali Rebib l’ancien voisin de table de Bénali en classe de la médersa, avait rejoint le maquis dès le déclenchement de la grève des études. II avait été fait prisonnier le 13 février 1958. Hocine Senoussi avait été parmi les premiers  stagiaires d’aviation de l’ALN  envoyés en Egypte par le commandant de la wilaya V, Si Mabrouk.

Ainsi les futurs premiers candidats à rejoindre l’Armée de Libération Nationale dans ce quartier d’El Kalaâ de Tlemcen étaient KloucheDjelloul, Dali Yahia Driss, Larbi Bénamar, Dghine Bénali, KahiaTaniFethi, KahiaTaniHammiBestaoui Sid Ahmed, Gaouar Djamal et Gaouar Sid Ahmed dit Hammi.

Ils avaient avant le déclenchement, directement ou indirectement  contact avec Boussouf dit à l’époque Si Larbi, responsable du PPA clandestin à Béni Snous de la daïra de Tlemcen.

Dans l’Armée de Libération Nationale:

De Béni Snous à Tlemcen.

Dghine Bénali était à Tlemcen certainement parmi les premiers militants du Front de Libération Nationale dès le déclenchement de la Révolution le 1er Novembre 1954. Naturellement,sa première cellule organisée à son initiative, réunissait des amis intimes et de confiance, garçons et filles, parmi les voisins. On peut citer pour mémoire les KahiaTani, les Gaouar, les Dali Yahya, les Sari, le Kara Terki, les Méghili. Certains parmi eux, garçons et filles, avaient joué au départ comme agents de liaisons avant de rejoindre l’ALN à Béni HédyelAin Ghoraba, soit à Béni Snous, soit à Sabra et même à Ghazaouet et Nédroma.

Les premières réunions se tenaient chez les Dghine, dans la petite chambre de Bénali en haut en entrant à gauche. Pour des raisons de sécurité, d’autres lieux tenus secrets avaient servi à ces réunions. Les services de sécurité et les forces militaires françaises procédaient à une répression terrible suivie d’arrestations et d’exécutions sommaires  à la suite des récentes opérations d’envergure lancées par l’ALN à travers toute l’Oranie à partir du 1er octobre 1955.

Un matin du début d’octobre 1955, Bénali était en classe à la médersa, quand subitement un ami intime à lui, Sid Ahmed Gaouar dit Hami, ayant appris la très imminente arrestation de son ami, n’avait pas hésité à pénétrer jusqu’en classe pour lui parler dans l’oreille. Sur le champ, sans chercher à rejoindre son domicile, ni à se cacher quelque part en ville, Bénali avait demandé à Hami de le déposer en voiture immédiatement dans une forêt voisine. Il avait alors pris tout seul la direction des montagnes en direction des Béni Snous pour rejoindre le maquis. C’était le début de son engagement dans l’Armée de Libération Nationale. Il avait alors 21 ans.

Sans connaitre le terrain, il avait marché uniquement de nuit. En arrivant dans l’un des villages de la vallée des Béni Snous, le prenant pour un Européen et n’ayant aucune confiance en lui, certains habitants du village (des Moussebillines), l’avaient arrêté et accompagné jusqu’au poste de commandement du Secteur quatre ou se trouvaient le chef de secteur  Djaber( Métaîche Abdelkader) et par hasard Si Mabrouk ( Abdelhafid Boussouf) alors Adjoint du Chef de la Zone V ( future Wilaya V) Larbi Ben M’hidi. Il s’était avéré alors que l’un d’eux le connaissait probablement par l’intermédiaire de Mustapha Berrezoug, ancien militant et mandataire de profession ou par Larbi Bénamar, ancien membre de l’organisation secrète (l’OS).

Pour quelques semaines Bénali, surnommé alors Si Kaddour, allait remplir la fonction de secrétaire du chef de secteur Si Yahia (futur Commandant DJaber). Si Mabrouk  le désigna courant novembre de la même année responsable politico-militaire de la ville de Tlemcen et sa banlieue réglant ainsi un litige entre deux chefs de secteurs Tahar (futur commandant Ferradj) et Mokhtar El Bouzidi dit OgbEllil qui voulaient contrôler cette ville stratégique sur le plan approvisionnement. Il prendra alors le surnom de guerre de Si Brahim.

Dès son installation, il entreprend l’organisation de son territoire et parallèlement la formation de ses effectifs.

Le premier poste de commandement:

La ferme d’El Hadj Abdellah Benosmane, à Koudia au nord de Tlemcen proche d’Abou Tachfine (ex. Bréa) était devenue le premier poste de commandement de Si Brahim. La famille d’El Hadj Abdalla Benosmane avait joué un rôle important, malgré la présence de nombreuses fermes de colons aux alentours.

Les volontaires étaient très nombreux et Si Brahim soumettait chaque nouveau candidat, en pleine cimetière et de nuit, à jurer devant le drapeau étalé sur une tombe et le Coran, en présence de quelques témoins, de défendre l’Algérie et sa patrie jusqu’à la mort sous les ordres du Front de Libération Nationale et de l’Armée de Libération Nationale.

Si le nombre des candidats volontaires pour rejoindre  l’AlN, était appréciable, le problème de l’armement se posait avec acuité.

Pour y remédier, il fallait s’attaquer aux casernements de l’armée française et lancer des contacts multiples pour inciter les soldats Algériens à déserter avec armes et bagages. Lors de sa prise de fonction à la tête de Tlemcen, Djaber lui avait fait parvenir à partir de Tel Terny, près de Sebdou, un lot d’armes, très insuffisant.

Tlemcen connaissait trois organisations : sous le commandement de Si Brahim: une structure FLN avec ses cellules, dirigées par Mustapha Benyellès secondé par Abdelkrim Bouayad; une organisation de Fidaîs et de Fidaîates d’environ 60 membres dirigées par Rachid Bendimered et enfin un commando de l’ALN  d’environ 50 Moudjahids dirigé par Si Brahim en personne. Il y a lieu de noter que Si Brahim ne faisait aucune différence entre garçons et filles. Seul comptait l’engagement et la sécurité.

La première action militaire de Si Brahim était dirigée contre un poste de CRS à Bab Sidi Boumédiène, quartier populeux à l’est de la ville. Il était accompagné du jeune Bénali Kara Slimane. L’opération avait bien réussie laissant plusieurs morts ennemis. Si Brahim avait été légèrement blessé à la main. La seconde importante opération préparée par Si Brahim était dirigée contre un nouveau casernement implanté récemment dans l’usine de tapis dit MTO au quartier d’El-Hartoun au cours de laquelle des soldats algériens avaient désertés avec armes et bagages. Cette action avait été l’œuvre du Chahid Aîssa Bendiboun. De nombreuses armes, des chaussures et des tenues militaires et d’autres équipements avaient été récupérés.

La troisième opération importante avait été un raid contre les services de la commune mixte de Sebdou installés en pleine ville de Tlemcen. Si Brahim avait utilisé la complicité d’un chauffeur de cette institution nommé Bendahmane. Un lot d’armement important avait été récupéré: 20 mitraillettes, Thompson, 11 mass 36, 15 fusils Lebel, 3000 balles de 9 mm, 2000 balles de 8 mm, 7 Pm Mat 49, 1 ronéo, 4 machines à écrire et divers documents secrets, 3 voitures de la commune détruites. Les bâtiments de cette administration avaient été incendiés totalement.

Parallèlement à ces opérations contre les campements et postes militaires des actions multiples de Fida et des sabotages des infrastructures économiques coloniales n’avaient laissé aucun répit à l’ennemi de novembre 1955 au mois de mai 1956 correspondant à la période sous commandement de Si Brahim. A titre d’exemples, on peut citer l’exécution d’une patronne de boîte qui recevait beaucoup d’officiers et qui refusait de collaborer avec le FLN, lancement d’une grenade au café d’un pied noir rue du théâtre, attaque du hall de l’hôtel Transatlantique fréquenté uniquement par des militaires et des pieds noirs, destruction de ponts, de poteaux téléphoniques et de pylônes électriques ainsi que plusieurs sabotages de la voie ferrée.

L’ennemi qui avait rendu la ville de Tlemcen méconnaissable par l’installation de barbelés et de chicanes partout, n’avait pas cessé ses arrestations et ses liquidations physiques. Le couronnement avait été le lâche assassinat du Docteur Bénaouda Benzerdjeb le 16 janvier 1956. Cela avait provoqué spontanément une explosion populaire immense de la population, particulièrement celle de la jeunesse et des intellectuels.

Des opérations de démonstration: Si Brahim ne pouvait laisser impunis les assassins du premier médecin martyr de la Révolution du 1er Novembre. Il allait leur démontrer par une opération unique au cours de toute cette guerre de libération nationale de quoi était capable cette jeune Armée de Libération Nationale: la fameuse fausse patrouille de police militaire.

Aidé par un ancien soldat algérien le déserteur de l’armée ennemie surnommé Ho Chi Min, il avait durant plusieurs semaines dans la clandestinité totale et dans le plus grand secret, dans la ferme de El Hadj Benosmane monté cette opération.

Il avait sélectionné parmi ses effectifs, un certain nombre de Moudjahids présentant physiquement un aspect européen et les a enfermés dans cette ferme demandant même au propriétaire d’éloigner toute sa famille pour quelques semaines. Il avait réuni tous les équipements nécessaires: tenues militaires identiques à celles de  l’ennemi avec chaussures, guêtres, gangs, casques. Ces trois derniers articles de couleur blanche. Il avait récupéré un nombre suffisant de matraques peintes en blanc, des fusils Garant, des grenades.

Il avait dessiné les plans d’une partie de la ville pour les démonstrations théoriques nécessaires avec les principales artères que devait emprunter la patrouille. Il avait récupéré 3 tractions avant noires identiques à celles utilisées par les autorités coloniales. Durant plusieurs nuits, il avait fait marcher cette patrouille au même rythme que mettait une vraie patrouille ennemie.

Le jour J du mois de mars 1956, cette fausse patrouille  s’était mise dans l’après- midi à arpenter les principales artères de la ville, saluée au passage par les soldats français qui se promenaient à pied. Il faut rappeler que le couvre- feu qui était à 16 heures lors des manifestations de janvier suite à l’assassinat du Docteur Benzerdjeb avait été reculé bien plus tard.

Juste après l’appel du Muezzin pour la prière du Maghreb et du ftour, car c’était le Ramadhan, la fausse patrouille s’était pointée à la Place des Victoires devant l’Auberge Normande servant de Mess aux officiers ennemis. L’attaque surprise à la grenade suivie de mitraillage intense avait laissé sur le carreau de très nombreux morts et blessé parmi les officiers de l’armée française.

Leur mission terminée, les membres de la fausse patrouille regagnèrent rapidement par un escalier, la rue Basse ou les attendaient les trois tractions-avant. Ils avaient regagné, en faisant un grand détour séparément, très tard la nuit leur base sains et saufs. L’assassinat du Dr. Benzerdjeb Bénaouda venait d’être vengé. Si Brahim avait bien choisi l’heure d’attaque, l’heure du ftour pendant laquelle les habitants sont chez eux, leur évitant en partie la réaction répressive qui allait suivre.

Ainsi, se faisant tellement remarquer et apprécier par ses responsables hiérarchiques, Si Brahim allait très vite gravir les échelons et occuper d’importantes autres responsabilités. Il allait faire partie dès le mois de juin 1956 des fameuses colonnes de pénétration, parties des Monts de Tlemcen pour renforcer d’autres secteurs de la Zone V (l’Oranie).

Sa  désignation à l’âge de 22 ans en qualité de coordinateur des Secteurs de Mécheria, Aîn Séfra, El Bayadh, Aflou, Béchar, Tindouf, Adrar fut décidée suite à  la demande introduite par des cadres militants de ces région en l’occurrence Si Ali Laidouni responsable du Secteur d’Aîn Séfra et Si Ferhat responsable du Secteur de Béchar. Tout le Sud Oranais comme le Grand Sud étaient depuis l’occupation coloniale Territoire militaire.

Ces derniers se déplacèrent vers le Nord, au PC de la Zone V (Oranie) au mois de mars 1956, pour exposer à Si Mabrouk (Abdelhafid Boussouf), adjoint du Commandant général de cette Zone, Si Larbi Ben M’hidi, la situation de la résistance dans le Sud, caractérisée certes par des actions éclatantes, mais manquant de responsable, de cohésion et de moyens.

Trois grands chefs militaires, Yousfi Bouchrit, Mohamed Ben Abdelkader, Lamari et Moulay Brahim Abdelwahab commandaient chacun une unité efficace de plus de 40 hommes, sans stratégie claire et sans orientation politique définie ni coordination. Ils ne contrôlaient qu’un espace limité autour d’El Bayadh, s’appuyant essentiellement sur leurs tribus

Ces trois responsables qui étaient déjà “hors la loi” avaient déclenché la résistance et la lutte armée dès le 1er Novembre 1954. Ils avaient porté des coups très durs à l’armée ennemie en francs-tireurs, car le contact avec le Front de Libération Nationale n’avait pas encore été établi.

Il y a lieu de signaler néanmoins, qu’avant le déclenchement du 1er Novembre, la présence du MTLD  à Béchar, El Bayadh et Aîn Séfra était conséquente selon les rapports des autorités coloniales, signalant le passage de Ben Bella, Khider, Ben Abdelmalek Ramdane et Chihani Bachir à différentes périodes dans le cadre de leurs activités militantes au sein du PPA.

De  Tlemcen au Grand Sud Oranais.

C’était donc la nouvelle mission que Boussouf avait confié à Si Brahim, un jeune citadin Tlemcenien de 22 ans n’ayant jamais connu ces très vastes territoires sahariens considérés par la France comme territoires militaires, ni leurs habitants. Lotfi quitte donc la zone nord en avril 1956 à la tête d’une trentaine de djounouds, suivis quelques temps après par un important groupe de déserteurs français basé à Kenitra dans l’Occident marocain. Ce groupe était parvenu à Béni Smir sous le commandement de Moussa Ben Ahmed dit Si Mourad. Ce renfort était bien armé et transportait en plus un lot d’armes prélevées des apports du fameux bateau de plaisance de la princesse jordanienne Dina.

Dès le mois de mai, Si Brahim entreprend la prise en main des populations qu’il fédère autour du FLN après avoir longuement expliqué à ces dernières au cours de  plusieurs réunions sous des tentes les objectifs de la Révolution en les invitant à unir toutes nos forces contre l’unique ennemi, le colonialisme français. Par ses raisonnements clairvoyants, il était arrivé peu à peur à les persuader et les éloigner de certaines superstitions maraboutiques et l’esprit tribal au profit du FLN et de l’ALN.

Profitant de la même occasion, il les met en garde contre les velléités des groupes Bellounistes qui s’étaient aventurées dans les régions de Laghouat, Aflou, Djelfa, Ksar Chéllala, Djebel Nador etc. C’était là la mission politique première. Sa culture en arabe, son esprit ouvert et sa logique l’avaient beaucoup aidé.

Une mission militaire consistait à former de nouvelles compagnies en les armant et en orientant leurs actions  vers des objectifs précis: casernement, postes militaires, cibles stratégiques telles que les voies de chemin de fer Saîda-Béchar et Oujda-Béchar.

Après le Congrès de la Soummam du 20 août 1956 l’ex-Zone V était devenue la Wilaya V avec 8 Zones. Les anciens Secteurs 11,12, 13 et 14, deviennent la Zone 8. Il en devient le Commandant en Chef politico-militaire avec le grade de Capitaine à l’âge de 22 ans. Il restructure sa Zone en 4 Régions, chacune divisée en Secteurs.

Face aux coups de boutoir des nouvelles katibates de l’ALN montées par le chef de Zone, l’armée française renforce le quadrillage du Territoire militaire déjà  existant commandé par le général de Crèvecœur comprenant déjà 2 Régiments et 5 Compagnies spécialisées, par l’apport de deux divisions: la 4ème Division d’Infanterie Mécanisée avec 5 Régiments motorisés, commandée par le général d’Esneval; la 13ème Division d’infanterie avec ses 4 Régiments, sous les ordres du général Aubert. Ces différentes forces ennemies sont assistées par d’autres unités spécifiques de service que sont les  groupes d’artillerie, des unités du génie, des compagnies de transport et surtout l’aviation de reconnaissance, d’appui et de bombardement.

Cette présence ne gêne pas le capitaine Brahim qui continue sa mission, qui se déplace constamment à travers sa Zone de Béni Smir à l’ouest jusqu’à Djebel El Melh à l’Est. Dans cette dernière région ou ses hommes repoussent les Bellounistes de Ziani, d’Achour et de Meftah jusqu’aux limites de Messaâd et de Djelfa.

Installation du Poste de Commandement à Khneg Abderrahmane: un relais très important.

Début 1957, il installe son Poste de Commandement à Khneg Abderrahmane dans la Gaâda d’Aflou. De là, il envoi de nombreux émissaires et reçoit de nombreuses délégations de Djelfa, de Laghouat, de Metlili, d’El Méniâ et de Timimoun, renforçant l’autorité du FLN au détriment des Bellounistes. Le coup de grâce sera donné à ces derniers lorsqu’il arrivera à attirer vers lui deux importants responsables militaires des Hauts Plateaux du centre, Amor Driss dit Fayçal et Tayeb Ferhat dit Chaouki.

Ayant rejoint définitivement le FLN, il les dote en armes et de deux compagnies pour assoir leur autorité sur la zone sud de la Wilaya VI baptisée provisoirement Zone 9. Dans la région de Metlili, Mohamed Djeraba venait de rejoindre les forces de Si Brahim en cette même période.

Aux yeux de l’ennemi qui subissait de plus en plus de pertes, Khneg Abderrahmane dans la Gaâda, était devenu une base ALN et un relais très important. Sous le commandement du Général Gilles, une importante opération y est engagée en juillet 1957. Au cours de rudes combats menés par pas moins de 500 Moudjahids, les troupes françaises avaient reçu une bonne leçon, laissant sur le terrain de nombreuses pertes. Les forces de la Zone 8 avaient été appuyées par une compagnie de transport de la Wilaya III qui était en transit par là en cette période.

Craint par l’ennemi, admiré par ses hommes et respecté par ses proches collaborateurs dont Kaid Ahmed dit Si Slimane, Moussa Ben Ahmed dit Si Mourad continue sans cesse à renforcer son potentiel militaire. Les effectifs avaient déjà atteint 2500 Combattants. Des renforts en encadrement viennent étoffer l’Etat- Major autour de Si Brahim: AkbiAbdelghani dit Amar, Mohamed Ben Ahmed dit Abdelghani, Allali Kouider dit Youb, Kadi Mohamed dit Boubeker, DjelloulNemiche dit Bakhti etc.

Vers l’été 1957, le commandant Hansali, l’un des adjoints de Si Mabrouk est tombé aux champs d’honneur en Zone 2. Si Brahim avait été chargé de le remplacer sur recommandation du chef de la wilaya et devient le Commandant Si Lotfi donc automatiquement membre du Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA) instance suprême de la révolution.

Il cède le commandement de la Zone 8 au Capitaine Si Slimane (Kaîd  Ahmed) et rejoint l’Etat- Major de la Wilaya V composé à l’époque outre le Colonel Si Mabrouk, les Commandants Boumédiène et Chaâbane (Ahmed Taouti). Au mois d’octobre 1957, il participe à la réunion des chefs de Zones de la Wilaya V présidée par Si Mabrouk. Au cours de cette réunion, ce dernier devenu depuis août membre du CCE chargé des Liaisons Générales et Communications, cède le Commandement de la Wilaya V au Colonel Houari Boumédiène.

Fin janvier 1958, le Commandant Si Lotfi devrait se rendre en Espagne en mission de logistique et profiter  pour une consultation médicale auprès d’un ophtalmologiste à Barcelone. Le responsable organique de la Fédération FLN au Maroc, Si Allal avait chargé un militant DjaafarSkénazene de l’accompagner comme chauffeur. La Fédération avait mis à leur disposition une voiture. Arrivés à Algésiras, ils avaient été arrêtés à cause de cette voiture qui était recherchée par les autorités sécuritaires espagnoles.

De prison en prison, ils avaient passé six mois d’arrestation. Boussouf dès leur arrestation avait chargé M’Hamed Yousfi  dit Mustapha Tankher de la logistique Europe de mandater deux bons avocats pour leur défense.

A leur libération, Si Lotfi apprend des cadres de la logistique Europe basés à Madrid, qu’il venait d’être nommé Colonel, Commandant en Chef de la Wilaya V en remplacement du Colonel Si Boumédiène  qui venait d’être désigné à la tête d’une nouvelle institution créée par le CNRA, le COM Ouest (Commandement des Opérations Militaires de l’Ouest). Il avait 24 ans.

Après les passations, il entreprend une tournée de contrôle s’informant de la situation de sa Wilaya et surtout du problème de l’acheminement des armes vers l’intérieur,  aussi bien pour sa Wilaya que pour les Wilayas 4 et 6. Son information était surtout complétée par les services spéciaux des Liaisons Générales et Renseignements dépendant de Boussouf. D’ailleurs, il n’hésitait jamais à rendre visite très souvent à ces services pour s’informer et débattre librement de tous les problèmes politiques, militaires et même économiques et sociaux avec leurs cadres qui l’appréciaient énormément.

A la tête de la Wilaya V, il avait comme adjoints les Commandants Si Slimane (Kaîd Ahmed), Si Farradj (Laouedj Mohamed), Si Othmane ( BenhaddouBouhedjar). Le Commandant Chaâbane (Ahmed Taouti) était tombé au- champs d’honneur au Pont de l’Isser au nord de Tlemcen en janvier 1958. Son secrétariat était assuré par Ahmed Medeghri dit Hocine.

Lotfi, un pur produit du FLN et de l’ALN:

Si Lotfi, pur produit du FLN et de l’ALN, portera la guerre même dans le Grand Erg Occidental au grand dam du haut commandement français. L’année 1958, avec l’arrivée de De Gaulle au pouvoir en France, avait connu en Zone 6 et 8 le début des opérations Challe avec la fermeture totale des barrages frontaliers et le regroupement des populations pour isoler l’ALN. C’était à cette occasion que l’aviation ennemie avaient procédé à de grands bombardements au napalm sur les bases ALN du Djebel Mzi. Le Colonel Lotfi avait donné des instructions dans la wilaya pour que toutes les grandes unités, bataillons, compagnies et même sections devaient se disperser et les petites unités devaient être très mobiles.

L’ennemie était allé, à la même époque, jusqu’à faire jouer au Parti de l’Istiqlal de Allal Al Fassi dont il connaissait les intentions, un rôle très négatif et dangereux: l’implantation au sud de la frontière ouest en territoire marocain, de groupes de l’ALM (Armée de Libération du Maroc) alors que ce pays était déjà  indépendant depuis 1956. Ces régions de Boudnib, Figuig et Bouarfa servaient de base arrière importante pour l’ALN.

La mission en 1959 à Tunis, le Caire et à Tripoli en Lybie.

En tant que  membre du CNRA, le Colonel Lotfi s’était rendu en mission en 1959 à Tunis,au Caire et enfin à Tripoli. Ces déplacements lui avaient permis de faire la connaissance de la plupart des dirigeants de la Révolution. Il entretenait des rapports suivis avec le Président Ferhat Abbas qui l’avait intégré  dans sa délégation lors d’une visite officielle en juin de la même année en Yougoslavie. il avait aussi des relations très proches  avec Boussouf, Ali Kafi, Amar Benaouda et le Docteur Lamine Khène.

En août 1959, il avait fit partie de la fameuse réunion des Colonels au siège du MLGC  provoquée par Ferhat Abbas, dite Comité des 10, réunion qui avait duré plus de 3 mois pour étudier tous les problèmes qui se posaient  à la Révolution sur les plans politique, diplomatique et militaire particulièrement en vue du renforcement du front intérieur.

Cette réunion s’était achevée vers la fin novembre et ses conclusions avaient été transmises au CNRA.

Cette dernière institution, organe suprême de la Révolution était entrée en session à Tripoli durant un mois, de la  mi-décembre 1959 à la mi-janvier 1960. Elle avait pris entre autres plusieurs décisions importantes:

1/ Maintien de Ferhat Abbas comme Président du GPRA,

2/ Dissolution du Ministère des Forces armées, remplacé par le Comité interministériel de la Guerre (CIG) dont les titulaires étaient KrimBelkacem, Lakhdar Ben Tobbal, et Abdelhafid Boussouf.

3/ Dissolution des deux Commandements opérationnels militaires Est et Ouest. Création d’un Etat- Major Général de l’ALN, dirigé par le Colonel Houari Boumédiène secondé par les Commandants Kaîd Ahmed dit Si Slimane, Ali Mendjeli et Azeddine.

4/ Développement de l’effort militaire par l’envoi d’armes à l’intérieur.

5/ Enfin, décision importante, tous les Commandants des Wilayas étaient tenus de rejoindre leur wilaya respective à l’intérieur.

Lotfi sera le seul Colonel Commandant de Wilaya à rejoindre sa wilaya accompagné par son Adjoint le Commandant Ferradj, les deux autres Commandants Othmane et Afane étaient depuis toujours à l’intérieur. Pour les autres wilayas, seuls des commandants avaient regagné leur  wilaya respective: le Commandant Tahar Zbiri et le Commandant Souaî  pour la Wilaya 1, un autre Commandant de cette  wilaya Ali Redjaî était tombé au champs- d’honneur au barrage frontalier, le Commandant Abderrahmane Mira pour la Wilaya 3 et le Commandant Ahmed Ben Chérif pour la wilaya 4.

De retour de la réunion du CNRA à Tripoli, Si Lotfi était passé vers le début mars 1960 au Centre de la DDR (Direction de la Documentation et de la Recherche) à Dar El Fassi près d’Oujda pour fêter avec les Cadres de cette institution la fête d’Aîd El Kébir.

A la fin du repas organisé en son honneur, Si Lotfi avait invité Abbas (Lemkami Mohamed) et Djilali (Elghazi Ahmed) anciens amis à Tlemcen avant même la guerre de Libération à faire un tour dans un jardin de cette maison. C’était là qu’il leur avait annoncé sa décision de regagner le territoire national. A leur surprise et leur crainte, il leur avait précisé que c’était une décision du CNRA pour tous les chefs de Wilayas et leurs adjoints.

La dernière rencontre d’Adieu:

C’était notre dernière rencontre, une rencontre d’Adieu. Il devait tomber au champ d’honneur à Djebel Béchar le 27 mars 1960 en même temps que le Commandant Ferradj (Laouedj Mohamed  né en 1934 à Ain Ghoraba), Zaoui Cheikh né en 1938 à Abadla et Brik Ahmed né à El Ménéa wilaya de Ghardaïa, et un seul survivant le moudjahid Laroussi Aîssa. Il avait 25 ans et 4 mois.

Sa mort  précoce était une grande perte pour l’Algérie.

C’était un homme qui avait une grande avance sur son temps. Ainsi était  son destin, une Décision de Dieu.

Le centre d’écoute des transmissions de l’Armée de Libération Nationale nous donna l’information immédiatement contrairement à la propagande et à la tentative machiavélique de manipulation du Général Jacquier et de ses services, dira Lemkami Mohamed.

La jeunesse algérienne postindépendance, actuelle et future, ne devrait jamais oublier les héros de la trempe de Lotfi, car les héros ne meurent pas. Ils ont écrit une riche et belle page de l’Histoire de l’Algérie. A ce Chahid qui a su vivre et mourir pour son idéal avec tant de simplicité et de grandeur, nous devons bien un hommage à la hauteur de son sacrifice. En rendant hommage à tous les Héros de la Grande Révolution du 1er Novembre 1954, les jeunes générations de l’Algérie indépendante contribuent à renforcer davantage les valeurs de fraternité, d’humanisme, de tolérance et de liberté au sein de ce  grand peuple.

Il est mort en laissant deux enfants Lotfi et Chahida. Il faut rappeler que  le Colonel s’était marié avec une Moudjahida Fatima Méchiche surnommée Khadidja, le 5 septembre 1958, ancienne Fidaîa à Tlemcen avant d’être affectée au Secrétariat de la Zone 1 Wilaya V puis au Commandement des Frontières (CDF).

En conclusion de cet entretien, Lemkami Mohammed ancien Officier du MALG indiquera que Dghine Bénali dit Si Kaddour, Si Brahim, Si Lotfi, peu de temps après son engagement dans l’ALN, repéré par Abdelhafid Boussouf, se voit confier très vite, des responsabilités à Tlemcen. Après les remarquables résultats de son action dans cette ville en un court laps de temps, il sera jugé sur sa bravoure, son intelligence et le sens du jugement très aigu et très apprécié, et malgré sa jeunesse, il lui confiera de lourdes responsabilités à la tête d’un immense territoire jusque-là inconnu de lui. Dans le Sud Oranais, il va encore rapidement gagner en popularité parmi ses compagnons d’armes ainsi qu’au sein de la population.

Sa formation politique précoce complétée par sa culture bilingue à la Médersa de Tlemcen, son courage et son intelligence, son engagement et son action sur le terrain légitiment largement sa rapide accession aux responsabilités politique et militaire. Il avait toujours  voulu diriger son maquis de l’intérieur et cherché à étendre l’influence de combat au plan national et ne pas rester enfermé dans un cadre exclusivement régional.

Au cours de sa participation au Comité des  Dix, puis au Conseil National de la Révolution Algérienne à Tripoli, il avait le courage et la franchise d’exprimer sa volonté de ne pas dissocier le politique du militaire. Sur cette question, le grand témoignage du Président Ferhat Abbas publié dans son livre “Autopsie d’une Guerre” rend compte de ses longues discussions avec Lotfi.

De ses réflexions à la suite de ses lectures, ressortissent des expériences connues dans le monde; ses positions affirment la primauté et le respect des choix d’un Peuple Algérien uni, libre, souverain, d’un peuple digne qui n’accepte aucune tutelle, ni soumission à une personne, à un corps ou à une institution et ne crédibilise en permanence que le système auquel il croit.

Lotfi se montre ” intransigeant et refuse de mettre le destin d’un peuple qui s’est lourdement sacrifié entre des mains incompétentes”. Ses idées, il les a partagées  pas seulement avec le Président Ferhat Abbas, mais aussi  avec le Colonel Ali Kafi juste avant sa mort.

Une haute considération pour la femme Algérienne.

Enfin, le Colonel Lotfi avait une haute considération pour la femme algérienne dont il avait apprécié le comportement durant toute sa carrière au maquis, qu’elles soient  Fidaîates à Tlemcen ou joundiates en Zone 8. Même la femme civile avait joué un rôle anonyme considérable dans l’approvisionnement des combattants, comme agents de liaisons et de renseignements. D’après lui, elles avaient laissé tomber tous les tabous grâce à la Révolution.

Avant de partir vers son destin, il avait laissé un message très significatif à son épouse a souligné Mohamed Lemkami.

Aussi, sa sœur Dghine Nadra a confirmé cette information et dira que “Lotfi était un Grand, un Révolutionnaire, qui avait une vision lointaine pour son pays qui est l’Algérie”.

Je remercie Lemkami Mohamed pour cette exclusivité d’écriture de l’Histoire.

Rappelons que Lemkami est né le 1er décembre 1932 à Khémis, Béni Snous, wilaya de Tlemcen, universitaire, ancien Officier au Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales (MALG).

Il a occupé plusieurs postes au ministère du commerce, directeur général de la pharmacie centrale algérienne (PCA), député à l’assemblée populaire nationale durant deux mandats et vice- président à l’Assemblée populaire nationale, puis ambassadeur à Tirana en Albanie jusqu’à l’année 1992.

Il a édité un livre “les hommes de l’ombre” avec une deuxième édition de 630 pages, revue et corrigée.

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La lettre intégrale datée du 16 mars 1960:

“A ma très chère femme,

Je m’excuse à l’avance de n’avoir pas osé t’annoncer de vive voix ce que je vais t’écrire. J’espère que lorsque tu recevras cette lettre, je serais bien loin en Algérie, ma patrie chérie.

En effet, je suis en pleins préparatifs et je dois rejoindre l’intérieur dans les plus brefs délais. Je  crois ne t’apprendre rien de neuf en te disant que c’est la seule place possible pour moi en ce moment. Il m’est devenu impossible, intolérable, insoutenable de continuer à vivre à l’extérieur, ceci en dehors de toute considération de quel qu’ordre que  ce soit. Ensuite, en tant que chef, que Révolutionnaire, qu’idéaliste  imbu de principe, je dois être aux côtés de  mes hommes pour les soutenir et du Peuple pour le réconforter et renforcer son moral.

De ton côté, je crois avoir tout fait pour t’ôter dès le premier jour toute illusion concernant ma présence à tes côtés tant que durerait la Révolution. Je t’ai toujours dit que je n’ai été et que je ne suis que par la Révolution et pour la Révolution. Il m’est même difficile pour moi d’envisager une autre vie que la vie d’un Révolutionnaire. Je te demanderai donc de faire preuve de beaucoup de courage et de patiente: je sais que tu en es capable.

De mon côté, j’espère que tout se passera bien. Dans le cas contraire, j’aurais connu la plus belle fin qu’aurait pu souhaiter et rêver un jeune Révolutionnaire.

Alors, il faudra que tu fasses preuve de beaucoup de courage et encore. Tu pourras être très fière de ton mari et celui que je te confie, mon fils, le sera également beaucoup de son père. Au nom de l’Algérie pour laquelle j’aurai vécu et j’aurai tout donné, et au nom de notre amour, je te recommande instamment de veiller sur mon fils, sur son éducation, de lui donner une solide instruction et d’en faire surtout un grand Nationaliste et un grand Révolutionnaire. Ce que son père n’aura pas pu faire, parce que la vie ne lui aura pas accordé assez de temps.

En ce qui te concerne personnellement, je te recommande encore une dernière fois de t’améliorer de te perfectionner, d’approfondir tes connaissances et d’être toujours à l’avant-garde des jeunes femmes algériennes et un exemple sans reproche aucun. C’est tout. Embrasse pour moi toute la famille. Je t’embrasse”.

 

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