Lettre à Tlemcen

L’une des clefs pour appréhender la transformation, parfois lente, parfois rapide, en bien ou en mal, d’une société, c’est d’étudier l’évolution de ses différents corps de métier sur une période significative, disons 40 ou 50 ans.

Prenons (simplement comme exemple) le cas de Tlemcen et revenons un peu en arrière : le résultat donne à réfléchir.

Comparez vous-mêmes, pour ceux qui ont un certain âge et un peu de mémoire, et citez nous, aujourd’hui, s’agissant des avocats, un héritier de l’envergure de maître Omar Boukli-Hacène, qui a été un grand nationaliste, un immense érudit et qui avait fondé le Croissant rouge algérien pendant la guerre de Libération nationale.

Donnez-nous, pour ce qui concerne les médecins, un disciple de la stature du docteur-martyr Benaouda Benzerdjeb, pas seulement un technicien de la santé mais aussi un maître en humanisme et en fraternité.

Donnez-nous, pour ce qui concerne les boutiquiers, l’équivalent d’un Larbi Hamidou, courageux et tenace compagnon de Messali Hadj, qui n’a jamais bradé ses convictions contre des intérêts.

Citez-nous, aujourd’hui, s’agissant des enseignants, ceux qui revendiquent et restent fidèles à l’héritage intellectuel et moral de ces instituteurs de jadis, dont la ville évoque encore le souvenir avec respect : les Abdelkader Belkharroubi, Ahmed Benosman, Chaïb Boukli-Hacène, etc…

Citez-nous, parmi nous, 1 élu, 1 militant, 1 écrivain, 1 imam, 1 épicier même, dont la dimension peut rivaliser avec celle de ses collègues d’antan ?

La régression d’une société ou son développement ne se mesure pas uniquement avec des chiffres et des statistiques, sur le plan du quantitatif, mais se vérifient d’abord au niveau du calibre de ses divers acquis et productions.

Ils s’expriment aussi au quotidien, dans la vie de tous les jours, à travers les rapports humains, dans le cœur palpitant des villes et villages.

Si nous avons construit des usines, des immeubles et des hôpitaux, avons-nous pour autant réussi à donner naissance à des citoyens ?

Je suis triste, par amour de ce pays au long cours qui, parfois, est cruel avec ses meilleurs enfants, d’être réduit à faire ce sévère et peut-être injuste constat.

Amine Bouali (algerie1)

NB : Ce texte d’humeur peut paraître nostalgique et l’analyse qui l’a inspiré s’avérer biaisée. Mais je suis prêt, en dernier ressort, à me ranger à l’avis de plus perspicace que moi.

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