Marsat Ben M’Hidi: Les estivants garderont de très bons souvenirs

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Distante de 130 km de Tlemcen et à 65 km de Maghnia, Marsat Ben M’hidi (appelée aussi Port Say par les autochtones, en référence à l’officier français Louis Jean-Baptiste Say qui explora les lieux en 1886 avant de s’y installer en 1900) en plus d’être voisine à la station balnéaire marocaine de Saïdia, est également bordée à l’est par les plages féeriques de Moscarda 1 et Moscarda 2 encore à l’état sauvage avec forêts et sable fin.

C’est notamment sur ces dernières que des milliers d’estivants profitent d’une journée de plage sur la Méditerranée. Il faut dire que ce qui attire le plus les estivants, c’est aussi les influences des deux pays qui se marient harmonieusement et la proximité de cette localité avec le Maroc, devenue un haut lieu touristique. Mais, c’est surtout une aubaine pour ceux qui tentent de se rapprocher de leur oncle, cousin ou grands-parents vivant de l’autre côté des frontières.

«Ici on vient non seulement passer nos vacances et profiter de la nature et des atouts de Marsat Ben M’hidi qu’envieraient bien de nombreux pays du monde, mais aussi pour se ressourcer et penser à nos proches qu’on a plus le droit de visiter de l’autre côté des frontières et vice versa. Moi par exemple, ma tante habite à Oujda, donc à un jet de pierre. Je ressens comme une blessure douloureuse de ne pouvoir la voir depuis la fermeture des frontières en 1994. J’envisage d’aller la voir avant la fin de l’année en cours par avion à partir d’Oran, mais ce sera difficile pour moi car je dois atterrir à Casablanca, puis remonter par route jusqu’à la ville orientale d’Oujda, et ensuite reprendre la route vers Casablanca pour retourner en Algérie. C’est donc un parcours épuisant, vous voyez comme c’est difficile ! Ici au moins on peut voir sa famille à Ladjraf, juste à l’entrée de Marsat Ben M’Hidi et Saïdia. Pas plus tard qu’hier, un cousin a ramené ma tante très malade à cet endroit séparé d’un oued pour la voir de l’autre côté du territoire marocain. J’avais beaucoup de peine pour elle, car elle est âgée et malade. J’ai tellement voulu l’embrasser et la serrer dans mes bras, mais hélas, je l’ai saluée en secouant les mains, je ne sais même pas si elle m’a reconnu entre les nombreuses personnes qui s’arrêtent entre les rochers ! Quelque chose brûle dans mon cœur, mais que voulez-vous que j’y fasse ? On est vraiment déchiré, mais on ne peut rien faire ! Et puis, les sentinelles des deux pays sont intransigeantes, elles refusent qu’on traverse les frontières et appliquent strictement les instructions de leurs supérieurs. Mais pourquoi nous prive-t-on de nos familles ? Est-ce juste ? Tout ce que je veux c’est qu’ils nous règlent au moins ce problème, on n’en peut plus. On veut voir nos familles !», se lamente Mohamed, un habitant de Sidi Bel-Abbès.

Pour un autre estivant d’Oran, interrogé sur la question, «je pense que les frontières resteront fermées tant que le problème du Sahara, qui a été annexé par le Maroc, ne sera pas réglé. Si l’Algérie avait décidé de fermer ses frontières en août 1994, c’est parce que le Royaume marocain, qui rendait responsables les services de renseignements algériens après un attentat à Marrakech, avait exigé des visas aux Algériens. Donc c’est une réaction légitime de la part des décideurs algériens. Moi, j’ai peur que les frontières rouvriront aujourd’hui, car il se passera la même chose avec le roi du Maroc si jamais un incident de ce genre aura lieu. Pour moi, il faut ouvrir les frontières mais il faut limiter et surtout contrôler les entrées et sorties vers ce pays. Par exemple accorder deux sorties par an pour chaque citoyen, car ouvrir les frontières quotidiennement aux citoyens comme au début des années 90, je pense que ça risque de créer des problèmes entre les deux pays voisins. En tous les cas c’est mon avis».

Les familles du sud algérien en profitent le plus :

Fuyant la canicule insupportable de l’été, des dizaines de familles du sud du pays (Bechar, Adrar, Tindouf, Ouargla, Biskra…) affluent chaque année vers Marsat Ben M’Hidi. Certaines familles louent dans des hôtels et des bungalows. D’autres passent tout leur séjour dans les fourgonnettes et dorment dehors. «Cela fait six ans que je viens à Marsat Ben M’hidi pour faire profiter ma famille de la grande bleue et de se rafraîchir. Beaucoup de familles prennent le chemin de la mer, car il fait très chaud l’été au sud. Il y en a même qui restent 3 mois ici à Marsat Ben M’Hidi, car les capacités d’accueil existent. L’essentiel pour nous, est de fuir la canicule sévissant tout l’été au Sahara, chacun selon ses moyens. Moi personnellement je vais rester un mois, j’ai loué un F3 pour 5.000 DA la nuit. De nombreuses maisons de la ville ont toutes été pratiquement réservées et louées aux vacanciers du grand Sahara dès le début de la saison estivale. A Marsat Ben M’Hidi, on ne manque de rien et en plus on est en sécurité. Il y a de l’ambiance la nuit, on se promène le long du boulevard du front de mer et on veille très tard la nuit dans une quiétude totale. Nos enfants se régalent de la mer, des fois on se baigne dans les plages de Moscarda 1 et Moscarda 2 et même à Bider. L’essentiel pour nous aussi est de s’offrir du soleil, du sable fin et la forêt et une villégiature dans notre propre pays. Malgré quelques insuffisances dues à l’hygiène, les mauvaises odeurs, le tapage nocturne, parfois le manque d’eau, et l’afflux des estivants enregistré chaque été sur cette commune côtière, il y a eu quand même des progrès ! Les autorités de wilaya ont investi de grandes sommes pour la rendre plus attrayante. Ce que j’ai remarqué cette année, c’est le bon éclairage dans le grand boulevard du front de mer. Vraiment ce boulevard très fréquenté la nuit est très bien illuminé grâce aux projecteurs qui ont été installés», souligne un père de famille d’Adrar.

«Aujourd’hui, Marsat Ben M’hidi a beaucoup évolué et reçoit des millions d’estivants, mais ses infrastructures d’accueil sont dépassées et insuffisantes. Les années passent et les pratiques restent les mêmes. Il faudrait que les équipements de commerce et espaces publics changent aussi pour s’adapter aux besoins des flux de familles. Il faudrait penser à un nouveau marché de fruits et légumes, une poissonnerie, une gare routière, des piscines, des aires de jeux, des structures de santé, et surtout il faut prévoir des parkings et des aires de stationnement pour contenir le grand flux automobile en provenance de tous les coins du pays. Il faudrait aussi mettre un peu d’ordre sur les trottoirs squattés par les commerçants. Et surtout axer tous les efforts sur l’hygiène, car la saleté côtoie les produits alimentaires. Si on arrive à régler tous ces problèmes-là, je crois que Marsat Ben M’Hidi, cette localité qui partage la mer avec sa voisine marocaine de Saïdia sera une des destinations touristiques les plus prisées, avec en plus une âme et un vrai cachet ».

Des entrées de la ville aux plages, surveillance tous azimuts :

Pour offrir un cadre idéal et sans risques aux estivants, la sûreté de wilaya a mis en place un dispositif de surveillance et d’intervention assez impressionnant qui s’appuie essentiellement sur les services de la police judiciaire et de la voie publique, afin de gérer les embouteillages aux abords des plages, les accidents de la circulation et les déplacements des véhicules qui se déversent quotidiennement sur Marsat Ben M’Hidi. Des barrages fixes ont été dressés aux entrées de la ville et sur les points stratégiques. Pour assurer la sécurité des estivants qui se baignent la journée ou qui se rafraîchissent en grand nombre la nuit en empruntant le grand boulevard qui donne sur la mer, des brigades mobiles en tenue et en civil effectuent des patrouilles quasi quotidiennes le long de la plage, à la lisière de la bande littorale de 300 mètres. Selon la police, plusieurs interventions ont été réalisées pour sécuriser des personnes en danger et des dealers arrêtés. En outre, des personnes en situation irrégulière ont été arrêtées. Il faut souligner dans ce contexte la décision salutaire du wali de Tlemcen de prohiber les tentes encombrantes sur toutes les plages. Cette mesure qui a libéré les espaces des plages a apporté un gain de sécurité significatif sur les plages et aux abords des lieux de baignade. « Enfin on est soulagé des tentes encombrantes ! Franchement on a trouvé ça super, et contrairement aux années précédentes, la plage est très pratique. On remercie beaucoup monsieur le wali pour cette mesure réfléchie qui a été prise à l’encontre de l’anarchie sur la plage qu’on vivait avant », commente Houari, un Oranais qui vient régulièrement à Marsat Ben M’Hidi. Touristes et locaux semblent aussi majoritairement satisfaits du renforcement sécuritaire. « Vraiment cette année, la sécurité est bien assurée et grâce à la présence des agents de police et de gendarmerie, les estivants sont bien protégés jour et nuit pendant leurs vacances ici à Port Say. Ils sont très vigilants même ! indique à notre journal, Salah, un estivant venu de Batna. Toutefois, certains ne cachent pas leur souci, voire leur désagrément, de ne pas trouver assez de parkings dans la ville. En témoignent Amar, Blidéen de 60 ans, et ses amis. «Il n’y a pas assez de parkings à Marsat Ben M’Hidi qui reçoit, il faut le souligner, beaucoup de véhicules durant la saison estivale.

A mon avis, il faut revoir cette question d’insuffisance d’espaces de stationnement. Il est impossible de trouver une place pour se garer sans perdre trop de temps. De très nombreux estivants sont confrontés à ce problème chaque jour, en journée ou en soirée».

Le groupe Djam enflamme le public :

Une ambiance très électrique a régné le 1er septembre, lors d’une soirée grandiose animée par le groupe Djam sur la plage de Marsat Ben M’Hidi, envahie par des centaines de personnes. Du début jusqu’à la fin du spectacle, l’ambiance n’avait pas baissé d’un cran, il suffisait que le virevoltant chanteur reggae, Jamil Ahmed Ghouli, s’avise d’avancer sur la splendide scène (financée par CEVITAL) vers le public pour que les fans aux alentours se déchaînent encore plus. Dès l’entame de son spectacle par une belle introduction à la chanson africaine, Jamil, qui vit en France, a mis un point d’honneur à déployer le drapeau national et à s’en couvrir les épaules pendant un instant, pour montrer son attachement à sa mère patrie. Ça tenait du délire, tout simplement. Plus que jamais, le jeune public, composé en majorité d’adolescents et d’étudiants, a manifesté un enthousiasme sans pareil au groupe et surtout au ténor Jamil, qui enchaînait d’une voix parfaite tous ses succès. Les corps tanguent sous l’effet de la musique et autres ivresses. Beaucoup reprennent avec le chanteur les paroles de ses chansons «Leila gnawiya», «Meriem», «Lalla Aicha», «Ces dinars”… Impressionné face à l’euphorie générale, le chanteur Jamil n’a pu s’empêcher de lancer à l’intention de la foule en grande agitation : « Attendez le mois prochain ma nouvelle chanson Bréa ! ». Déclaration qui n’a eu pour effet que d’en rajouter à l’atmosphère déjà survoltée en plein milieu de la prestation du groupe Djam. La soirée était fort belle, et les six artistes du groupe Djam montés sur scène avaient eu droit à un accueil chaleureux. Il est à rappeler que ce groupe s’est formé en 2004 à Alger par 9 personnes. Cette formation de musique andalouse a connu un énorme succès dans la capitale algérienne et dans le monde. Puis en janvier 2016, Ahmed Djamil Ghouli quitte le groupe pour entamer une carrière dans le reggae avec cinq membres sous le nom de Djam.

Tapage nocturne :

Pour Didene, un Tlemcénien qui fréquente depuis longtemps cette localité, ces vacances à Marsat Ben M’Hidi risquent bien d’être les dernières. « Je croyais que j’allais me reposer ici à Marsat Ben M’Hidi, du moins pendant la nuit, mais hélas ! Il y a beaucoup de tapage nocturne, de la musique à tue-tête provient d’un night-club et des poste-cassettes stéréo dans des boutiques proposent leur hit-parade jusqu’à 3 et 4h du matin ! Personne ne peut dormir la nuit, il faut le dire ! Ça rigole, ça hurle, ça boit jusqu’à l’aube ! Et vous devinez les conséquences ?! Est-ce normal qu’on dresse une discothèque très mal insonorisée à même la rue sous un immense chapiteau ! J’ai prévenu le président d’APC, j’ai appelé la police à plusieurs reprises pour arrêter les décibels bruyants, rien n’y fait ! Un responsable de la sûreté de daïra m’a tout simplement dit que la police n’y peut rien, car la discothèque en question a été autorisée par le P/APC. La réponse du maire est quant à elle bizarre car, selon lui, le droit de place de cette discothèque a été loué à 30 millions de centimes pour toute la saison estivale. Comme quoi, son propriétaire est libre de tout faire ! Allez-y demander les propriétaires et les locataires des villas projet-tour, qui sont tout près de cette discothèque, et vous aurez une idée précise de leur ras-le-bol, ils vivent l’enfer ! De chez eux on a l’impression d’être dans une salle de fêtes. C’est un vrai cauchemar pour ces familles. C’est insupportable ! Personne n’a le droit de perturber la quiétude nocturne du citoyen. On ne peut tolérer les bruits récurrents et stressants de ces chanteurs qui se relayent toutes les nuits sur la scène ! Je ne comprends pas pourquoi la police n’intervient pas ? On a beau essayer de contacter le chef de la sûreté de wilaya, mais on nous a dit qu’il était en congé. Pourquoi n’applique-t-on pas la loi pour les soirées régulières qui est bien précise là-dessus. Tout bruit récurent après minuit est interdit. De plus peut-on autoriser une discothèque dressée sous une tente tout près des cités résidentielles ? On est pour la distraction et l’ambiance surtout en été, mais pas à 2, 3 et 4h du matin !

Les rues du quartier de Mékam Moulay Abdelkader en terre :

Le grand quartier de Mékam Moulay Abdelkader (Plus de 7.000 habitants), l’un des quartiers érigés par des riverains et ceux qui viennent de l’extérieur dans les années 80 sur les hauteurs de Marsat Ben M’Hidi, au bord de la route de Chaib Rassou, à quelque trois kilomètres, est dans un état lamentable. Les routes sont dépourvues de chaussées bitumées et de trottoirs. Pourtant les habitations aux façades revêtues de faïence et de marbre ont été achevées depuis belle lurette. «Notre quartier est caractérisé par l’absence totale d’un plan d’urbanisation qui prévoit des chaussées bitumées, des trottoirs et autres espaces verts. Regardez ces routes, elles sont délaissées et dans un piteux état. En hiver, il est quasi impossible de rouler en véhicule tellement les routes en terre sont glissantes. Hormis l’assainissement et l’AEP, qui ont été réalisés récemment sur insistance du wali de Tlemcen, beaucoup reste à faire dans ce grand quartier résidentiel. Tout ce que nous souhaitons est que les autorités locales prennent en considération notre détresse et engagent des travaux pour la remise en l’état du réseau routier défaillant de notre quartier», indique un commerçant de Hennaya qui a érigé une habitation de 3 niveaux entièrement achevée.

Les travaux de la route de la sortie est de la ville à l’arrêt :

Même topo pour la route de la sortie est de la ville où les travaux d’élargissement de la chaussée sont à l’arrêt, ce qui complique davantage la circulation automobile à cet endroit. Cet axe routier qui dessert les localités de Mékam Moulay Abdelkader, Chaib Rassou, Bider, Souk Tleta, M’Sirda, Souahlia et Ghazaouet, est très fréquenté et animé en été. Certes, il a connu une grande extension de son assiette, mais il reste le bitumage de la chaussée, ce qui cause des désagréments aux usagers. Face à cette situation, les automobilistes expriment leur mécontentement. « Nous sommes fatigués d’attendre l’achèvement des travaux d’élargissement de cette route. Et nous déplorons le comportement passif des responsables concernés face à l’arrêt inexpliqué des travaux de réhabilitation et d’élargissement de la chaussée, d’autant que ce tronçon est de forte déclivité, car il traverse la montagne et contient un virage très dangereux. Et tous les véhicules qui l’empruntent préfèrent la partie de l’ancienne chaussée goudronnée très étroite, qui ne peut à elle seule contenir les véhicules roulant dans les deux sens. Ce qui est très dangereux pour les usagers », déclarent des transporteurs de voyageurs empruntant tous les jours cette route.

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).

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