Le musée maritime national d’Alger, un projet mort-né ?

Le musée maritime national d’Alger, un projet mort-né ?

Créé par un décret datant de 2009, l’ambitieux projet du musée maritime national d’Alger (piloté par le ministère de la Culture) est une institution culturelle qui doit être installée (en principe) sous les voûtes dites de Kheïredinne, à l’Amirauté, sous les pieds de la Casbah.
Selon son directeur de 2009 à 2011, le muséologue Réda Brixi, “ce musée maritime national a une vocation multiple, une dimension historique, ethnologique et d’interprétation scientifique. Historique dans la mesure où il devait retracer l’histoire de la marine algérienne, focalisée sur la période de la Régence d’Alger (ancien État d’Afrique du Nord, intégré à l’empire Ottoman, dont l’existence de 1515 à 1830, a précédé la colonisation française de l’Algérie). Ethnologique de manière à faire ressortir, en arrière plan, la vie et les richesses du patrimoine, tout au long du littoral algérien. Et enfin, un centre d’interprétation scientifique où la dimension du monde marin et de la technologie de la marine marchande et militaire serait mise en relief, de façon à susciter l’intérêt du public national, notamment les étudiants”.
“Dès 2009, précise M. Brixi, l’existence du musée maritime est inscrite sur le Journal officiel, son budget décidé, un premier noyau de son administration et un conservateur nommés, une adresse fixée (le Bastion 23). Une coopération est amorcée avec le musée maritime de Barcelone”.
“L’emplacement prévu pour ce musée maritime national, ajoute M. Brixi, est un cadre parfait. Il s’agit des voûtes de Kheïredinne, ces anciens magasins édifiés par le Raïs Kheïredinne pour consolider la jetée qui mène au “Penon” après sa reprise victorieuse des mains des Espagnols, au début du 16e siècle. Ces voûtes sont imposantes et ont un caractère historique certain. Elles sont larges d’une dizaine de mètres et s’étirent sur plus de 150 mètres. Trois immenses fours (qui ont servi, lors de la colonisation française, à fournir le pain à l’armée coloniale) clôturent cet espace délimité, du côté de la mer, par des cubes en béton, servant de brise-lames, sur une plage abandonnée malheureusement, aujourd’hui, à la pollution”.
“Malgré son exiguïté, indique l’ancien directeur, ce lieu est idéal pour évoquer les trois siècles de gloire d’une marine algérienne et les prémices de la naissance d’un État algérien. Mais ces voûtes (qui ont été restaurées par des travaux entamés dès 2009) se trouvent à l’intérieur du commandement des Forces navales d’Alger. Et un musée ouvert au public, se situant à cet endroit, pose nécessairement des contraintes de sécurité que la Marine a souligné dès le début, des contraintes qui n’ont, à ce jour, soit 8 ans après le démarrage du projet, pas encore été levées”.
“En plus, ajoute son ancien responsable, et c’est peut-être le point le plus crucial, le musée maritime national est situé à l’intérieur du site de la Casbah, une zone classée patrimoine mondial par l’UNESCO, ce qui interdit les aménagements indispensables à la mise en place d’un musée (comme pour tout lieu destiné à recevoir du public) à savoir des portes de secours, l’éclairage, l’aération, des rampes pour les handicapés, etc…”.
“Huit ans après son lancement, souligne M. Brixi, le musée maritime national n’a pas encore vu le jour, essentiellement pour les contraintes de taille que nous avons citées plus haut. Tous les travaux ne sont, en outre, pas achevés (comme les revêtements des sols ou la pose des cloisons intérieures). Et une petite équipe de gestionnaires continue à suivre le projet et, bien sûr, à être rémunérée”.
À bien écouter M. Réda Brixi, trois interrogations concernant le musée maritime national devraient aujourd’hui trouver des réponses, alors que 8 ans déjà se sont écoulés après le démarrage des premiers travaux pour sa réalisation. 1/ Ce très attendu musée finira-t-il par voir le jour sur son emplacement actuel (sous les voûtes Kheïredinne)? 2/ Devra-t-il obligatoirement déménager vers un autre site ? Ou sera-t-il, pour une raison compréhensible d’austérité financière, simplement enterré?
Amine Bouali (algerie1)

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