Nouvel an amazigh : Béni-Snous en fête

C’est dans une ambiance de fête particulière que les habitants de Béni-Snous (Ait Snus en langue berbère) célébreront aujourd’hui le nouvel an amazigh (12 janvier 2968), qui a été rappelons-le décrété pour la première fois, fête nationale, par le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika.

Il faut le souligner, dans cette terre située au cœur de la haute vallée de Béni-Snous, entre la magnifique vallée de la Tafna dominée par de majestueuses falaises dolomitiques et le plateau triangulaire de grès «Ras-Asfour» qui tombe à pic sur le Maroc, la toponymie est restée profondément berbère, tout comme l’architecture de ses villages de terre et de pierre accrochés aux flancs de montagnes, abrités sous d’immenses falaises aux tons ocre, suspendus au-dessus d’oueds tortueux et de vergers qui s’étagent en cascades verdoyantes.

De nombreuses ruines de villages berbères parsèment la partie la plus large de la vallée. Rien que sur son versant septentrional, d’Hafir à la rivière, on compte une quinzaine de vestiges de ces villages, qui portent les noms de : Ejjedinète, Es Sof el-Ali, Guadet en Neçara mtaa en Nechaya, Dar El Guiba, Chaabet el Lebiya, Yarf en Neçara, Azib el Zemet, Sguif bou Mediène, Dar el Kadi, Dar Daha, Cirat Korf bent es Soltane, Béni Mahnia. La majorité de ces villages occupaient une éminence facilement défendable. Certains avaient une enceinte, et les pierres qui ont servi à leur construction sont quelquefois taillées grossièrement. Quelques tombes berbères tronconiques, appelées bazinas, édifiées avant l’islamisation de ces tribus, s’y trouvent encore.

En cette fête de Yennayer, les derniers berbères de Tlemcen, qui sont attachés à valoriser l’histoire et le patrimoine anciens de leur région pétrie d’histoire, de culture et de traditions populaires berbères, affirment comme d’habitude leur volonté d’ancrer durablement cette identité culturelle propre à leur région, sans abandonner ou négliger leur patrimoine arabo-musulman qui rassemble les tribus arabes et berbères et ressoude les liens des familles depuis près de quatorze siècles.

C’est au grand village d’El Khémis (bâti au-dessous de la falaise de l’Azrou Oufernane), que la journée nationale de l’Amazighité, sera célébrée aujourd’hui. Un programme riche et varié de trois jours, où se côtoient spectacles d’envergure, propositions artistiques, fêtes traditionnelles amazighes, art traditionnel et culinaire, danses et chants populaires du terroir, théâtre pour enfants, conférences sur l’histoire amazigh, ainsi que des visites guidées aux vestiges et sites culturels et historiques dans la région de Bénis-Snous qui révèlent de grands gisements archéologiques berbères, a été concocté.

L’Ayred (le Lion en Tamazight), l’une des dernières survivances d’une culture berbère millénaire dans la région, est la tradition du nouvel an marquée localement par un carnaval où les jeunes gens se déguisent avec des costumes et des masques et font des processions dans les ruelles du village en chantant des ritournelles. L’Ayred est en fait le nouvel an agraire chez les Berbères. Quand approche la nuit, on fait un lion. Deux hommes placés l’un devant l’autre, la face tournée vers le sol se saisissent.

Les jeunes gens vont chercher un tellis, une couverture dont ils les revêtent et qu’ils fixent au moyen de tresses d’alfa, on n’oublie pas de pourvoir le lion des attributs de son sexe. Alors l’individu placé devant se met à rugir dans un mortier qu’il a à la main. La marmaille emmène le lion dans les maisons et les tentes, où il effraie les petits enfants. Les jeunes gens disent aux habitants «Donnez-nous pour le dîner du lion».

Tout ce monde vient ensuite au Bordj du Caïd. Chemin faisant, le lion danse au son d’un tambourin. Puis on se réunit dans un endroit voisin de la Tafna ; les jeunes gens se partagent le produit de la quête, mangent et se séparent après avoir récité la Fatiha. Et comme cette année-ci est sèche, nous avons ajouté cette prière », expliquera Abdelhamid Bourak, membre actif de l’association culturelle Essanoussiya.

Khaled Boumediene (TST).

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