Plaidoyer pour la transformation de l’ex-centre de torture de Dar Yaghomracen

L’atrocité des tortures exercées par les militaires français contre les Algériens est encore visible dans certains centres d’interrogatoire et de torture de l’armée française dans la région de Tlemcen.

En effet, le fameux centre de torture de Dar Yaghomracen dans la daïra de Ghazaouet en est une preuve éloquente des supplices et de l’enfer subis durant l’occupation française. Le témoignage d’un rescapé de ce sinistre lieu sur les pratiques barbares utilisées, par les Français à l’époque, pour les faire parler sont tout simplement inimaginables.

« Que de personnes sont passées par ce triste et lugubre endroit avant d’être lâchement exécutées ! Les pires tortures étaient commises sur les détenus pour les obliger à donner des renseignements sur des moudjahidine. Noyade, électricité, coups, morsures de chien, soif, faim, et toutes autres sortes d’humiliations étaient pratiquées dans ce centre », a témoigné ce rescapé.

Ceux qui par miracle ont survécu gardent encore les séquelles physiques et psychologiques des souffrances qui ont, il faut le dire, atteint leur paroxysme. Pour illustrer la violence de la torture qui se pratiquait dans ce centre, un autre témoin qui a connu le même sort a révélé amèrement qu’au pied de la colline où est érigé le centre en question se tenait le souk hebdomadaire.

« Ce jour-là, le jour du marché, les tortionnaires mettaient de la musique à fond d’Edith Piaf et de Dalida notamment avec de puissants haut-parleurs pour couvrir les cris des suppliciés et pour que les gens à l’extérieur n’entendent pas les cris de ceux qui souffrent là-haut ! Mais on savait qu’on torturait en musique et que nos frères subissaient des atrocités à l’intérieur de ce centre de sinistre réputation au moment de l’émission de ces fortes fréquences. Rares étaient ceux qui sortaient vivants après des jours et des nuits de tortures et de nombreux martyrs ont trouvé la mort dans ce centre de torture ».

Cinquante-six ans plus tard, ce lieu symbole d’une résistance farouche de braves et courageux hommes aux forces coloniales est aujourd’hui dans un piteux état et abandonné. Située au sommet d’une petite colline qui domine la ville de Dar Yaghomracen, cette bâtisse est devenue un lieu désaffecté où des canettes de bière et autres bouteilles d’alcool et déchets jonchent le sol révélant ainsi les soirées arrosées qui se déroulent dans ce haut lieu de l’histoire de toute la région.

« Il est indécent, voire humiliant qu’un lieu historique, de mémoire et de surcroît symbole d’une résistance tenace soit ainsi laissé à l’abandon », a souligné un grand moudjahid de cette localité.

Et d’ajouter : « Même les persécuteurs étaient admiratifs devant le courage et la bravoure de ces résistants hors pair qui résistaient aux tortures féroces appliquées sur eux par leurs bourreaux », nous a révélé les larmes aux yeux notre témoin.

Aujourd’hui cet édifice, ce témoin muet des horreurs subies par les Algériens durant la guerre de libération a grand besoin d’une opération de réhabilitation pour le transformer en musée pour que nul n’oublie.

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *