Tlemcen: Les enjeux linguistiques en question

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Le professeur Lamine Benallou a animé, mardi dernier, une conférence au centre des études andalouses d’Imama, intitulée «Arabisme en Espagne, Hispanismes en Algérie, Contacts Linguistiques et Interculturalité». Auteur d’une thèse sur l’écrivain espagnol Juan Goytisolo, Lamine Benallou a exploré dans son ouvrage intitulé ‘’Les porteurs de parole”, tous les enjeux linguistiques et sociaux notamment chez les anciens Oranais qui ont côtoyé la communauté espagnole et leurs implications, que ce soit d’un point de vue synchronique ou diachronique, tout en sondant toutes les pistes dévoilées par ce contact linguistique historique, ainsi que les glissements phonétiques, qui sont d’ailleurs nombreux aujourd’hui dans le parler des Oranais. Il faut souligner dans ce contexte, que la colonisation de l’Oranie a duré de 1505 à 1792.

La prise d’Oran a été effectuée par Pédro Navarro. C’est après la Reconquista (reconquète), que les Espagnols de Ferdinand à Charles Quint, ont voulu par leurs interventions en Afrique, prévenir le danger de nouvelles invasions musulmanes et mettre un terme aux ravages de la piraterie maghrébine.

Après l’occupation du port de Mers-el-Kébir en 1505, l’armée du cardinal Francisco Jiménez de Cisnéros, commandée par Pédro Navarro, prit la ville d’Oran en 1509. Le lexique qui figure d’ailleurs dans l’ouvrage de Lamine Benallou, est chargé d’histoire et d’imaginaire. Calentica, Mario, Chencla, Baraca…, ces termes existent toujours chez les Oranais d’aujourd’hui. Dans la perspective de promouvoir l’échange de nouvelles connaissances à ce sujet, cette conférence vise à cerner les influences et le phénomène du contact linguistique des anciens Oranais avec les Espagnols de l’époque, pendant près de trois siècles.

Selon un professeur des langues étrangères de l’université de Tlemcen : «La question du contact des langues n’a jamais été aussi pertinente qu’aujourd’hui. L’avancée technologique à laquelle nous avons fait face au cours des deux dernières décennies, a contribué à l’émergence d’une nouvelle norme linguistique, celle où parler une seule langue ne suffit plus. Nous devenons, en ce début de siècle, témoins de ce contact de peuples, de cultures et de langues d’où découle l’essence-même de l’évolution et de l’innovation linguistique. Il devient donc fondamental de sonder les nouvelles pistes que dévoilent ces rencontres tout en explorant les enjeux linguistiques et sociaux qu’elles impliquent. Il faudrait mener des recherches sur tous les monuments historiques de la ville d’Oran, notamment la maçonnerie traditionnelle, le décapage, la taille de pierre et la sculpture sur bois et sur plâtre ainsi que la ferronnerie de ces fortifications, tels que l’église Santa Maria, le fort de Santa Cruz et les Arènes. En outre, il faudrait réaliser des films documentaires sur la ville d’Oran, qui a un riche passé.

Lamine Benallou, qui vient de publier aux éditions Dar El-Gharb un ouvrage intitulé « L’Oranie espagnole : approche sociale et linguistique », a eu le mérite de rappeler les empreintes de la relation très dense et profonde qui a uni Oran à l’Espagne.

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).

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