Tlemcen, Naâma: Des éleveurs en colère

«L’État de droit n’est pas respecté dans les zones agropastorales de la steppe et des hors-la-loi font ce qu’ils veulent sans que personne ne bouge le petit doigt pour les empêcher de s’accaparer de manière illégale d’importantes parcelles de terre.

Ces indus occupants procèdent aux labours illicites et dégradent le couvert végétal de cette steppe qui constitue la base de la nourriture de nos troupeaux». Les éleveurs des communes voisines d’El-Aricha et El Kasdir, situées respectivement à l’extrême sud de la wilaya de Tlemcen, et à l’extrême est de la wilaya de Naâma, tirent la sonnette d’alarme et interpellent qui de droit pour stopper ces agressions menaçant le patrimoine naturel et pastoral. «Récemment, un investisseur est venu même nous annoncer qu’il a été autorisé à réaliser une laiterie dans l’unique bassin d’eau naturel qui sert à abreuver nos moutons, qui se situe à Sehb El Karoucha tout près de la réserve de la steppe, dans la commune d’El Kasdir.

Mais, est-ce l’unique endroit pour implanter un tel projet ? Où vont s’abreuver nos troupeaux ? Pourquoi veut-on tuer l’élevage ovin dans cette zone steppique frontalière et géostratégique, qui ne constitue nullement un bassin laitier ? Que vont faire nos enfants ? Il serait préférable que cet investisseur aille concrétiser son projet au tell où toutes les conditions de présence de terres irriguées, fourrages, énergie électrique, sont réunies. Ici c’est l’élevage et le pastoralisme. Et puis, ce sont des zones pastorales à risques, qui ne remplissent pas les critères pour la mise en place de laiteries.

Et si c’est le cas, la priorité doit être accordée d’abord aux exploitants initiaux et pasteurs qui exercent cette activité de père en fils. On devrait pouvoir agir maintenant sinon tout le programme de mise en défens et de régénération de l’alpha et l’armoise pour la fixation de la population steppique, mis en place ces dernières années par l’Etat, tombera à l’eau».

Selon un ingénieur agronome qui connaît parfaitement le dossier, «il y a un manque flagrant en matière de textes juridiques et réglementaires pour les parcours steppiques. Il faut une loi pastorale pour protéger ce patrimoine national important des zones steppiques de plus 10 millions d’hectares et qui accueille plus de 20 millions de têtes d’ovins.

Il y a une nécessité urgente pour régler le foncier du domaine privé de l’Etat. Il faut également réhabiliter et protéger la fonction du pasteur qui rencontre d’énormes difficultés pour nourrir ses bêtes. Les éleveurs doivent également être encadrés par les services vétérinaires, car de nombreuses maladies tuent les moutons. En outre, l’Etat doit accompagner ces éleveurs en période de disette, en les dotant de ratios alimentaires pour sauvegarder leurs cheptels. L’Etat doit surtout poursuivre ses efforts par la mise en place d’un vrai programme d’aménagement intégré durable et de mise en défens des zones steppiques».

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran). 

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