La vieille médina de Bab Zir à l’abandon

Bab Zir, le secteur le plus emblématique de la ville millénaire almoravide des Zianides dont la place historique a été retenue dans le parcours culturel lors de l’évènement « Tlemcen, capitale de la culture islamique en 2011», est devenu le lieu le plus abandonné du centre-ville de Tlemcen.

Ce quartier réputé également pour ses activités commerciales et artisanales très riches, qui contient des espaces au passé séculaire ayant marqué par leur importance l’histoire de la ville, notamment au plan socioéconomique et d’échanges, est aujourd’hui une cité à l’abandon.

Depuis des années, saleté, maisons en ruine, rats et insectes, dealers et dépôts sauvages règnent en maîtres et gangrènent tout le cœur de cette vieille médina où se trouve le célèbre café Romana (qui tient son appellation du grenadier qui se dresse en son centre), non loin de la mythique El Kissaria.

Il faut le dire, depuis que des dizaines de familles ont été recasées dans le cadre du programme de lutte contre l’habitat précaire dans les nouveaux centres urbains de la périphérie nord de la ville, cet amas de vieilles bâtisses est totalement livré à lui-même et la situation ne cesse de se dégrader. Certaines bâtisses en état de déliquescence présentent un danger imminent pour les riverains.

« Ce grand quartier de Bab Zir vit une situation d’abandon critique. Il est complètement oublié et marginalisé. Les murs des bâtisses sont lézardées, les portes d’entrée sont défoncées, les espaces publics sont devenus des décharges, les fils électriques sont arrachés, sans parler aussi des odeurs d’urine et de brûlé, des rats et insectes et même la gestion des déchets dans les petites rues n’y est assurée que partiellement. Les familles qui y restent encore vivent vraiment un enfer, car des logements inoccupés sont squattés et c’est devenu vraiment insupportable », se lamentent des habitants de Bab Zir rencontrés dernièrement. Et de s’interroger : « l’APC a-t-elle des projets de sauvegarde de cette ancienne médina ? Laissera-t-on pourrir les choses encore longtemps ici ? ».

Contacté sur ce sujet, le président de l’APC de Tlemcen, Cherif Benmoussa Yazid, a pour sa part indiqué qu’« officiellement, il n’en est rien, car la majorité des bâtisses de Bab Zir sont des propriétés privées et se trouvent dans l’indivision. Même leurs propriétaires sont inconnus pour nous, leur majorité est à l’étranger. Cette particularité est d’ailleurs propre à toutes les anciennes médinas du monde. La seule solution à cette problématique complexe est le rachat par l’Etat de ce vieux patrimoine matériel, ce qui va nous permettre de mener des opérations de restauration et de sauvegarde, sur la base d’études approfondies par des architectes et des urbanistes, afin de préserver la typologie de l’ancienne médina, et lancer des projets culturels et socioéconomiques qui s’intègrent parfaitement dans ce grand espace. Ce problème se pose de la même façon dans d’autres secteurs très anciens de la ville de Tlemcen ».

Par ailleurs, derrière les murailles (extra-muros) datant de l’époque coloniale de Ras El Bhar, non loin de l’ex-siège de la direction de l’action sociale (DAS), la prison civile (dite habs el-qasba, 1881) et l’école El-Khatib Ibn Merzouq (ex-école primaire Dufaut), des tas de déchets et d’ordures s’amassent. « Il faut bien se l’avouer, il y a des citoyens et des commerçants qui manquent de civisme et ignorent systématiquement les poubelles dans les rues. L’autre matin, en empruntant la rue ex-Belle Vue de Ras El B’har, je vois un type qui balance en bas juste à côté d’une poubelle un gros carton plein de déchets parce que je me permets de l’aborder courtoisement pour ne pas jeter de cette manière les ordures, il me suggère de m’occuper de mes oignons», indique un citoyen.

Selon le P/APC de Tlemcen «c’est une question d’incivilités qui sont commises par des gens qui viennent de l’extérieur pour jeter leurs immondices derrière les murailles. Je vous informe que Monsieur le Wali a instruit récemment la police d’urbanisme de sévir contre ces gens qui salissent notre environnement.

Mais, nous demandons surtout aux citoyens de nous aider et de noter les immatriculations des véhicules de ceux qui continuent à jeter ainsi leurs saletés dans cet endroit. Et je vous promets que tous les contrevenants seront sévèrement punis et leurs locaux de commerce fermés. Les agents chargés du ramassage des ordures ménagères effectuent leurs tournées tous les jours à 9 heures, je demande à tous les citoyens de respecter cet horaire pour déposer leurs ordures. Dans certaines zones où le camion a des difficultés d’accès à cause des ruelles étroites, nos agents ramassent à pied les déchets et les ramènent vers le camion ».

Khaled Boumediene (Le Quotidien d’Oran).         

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